samedi, 10 mai 2008
La Choule - Accueil
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Mise à jour du 10 mai 2008. Bonne visite !
23:10 Publié dans Editos | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : blog
L'indicatif et le performatif
L'indicatif et le performatif
par Mezetulle
Après une longue léthargie passée dans la privation, La Choule, fuyant les pluies et la froidure du grand Sud (je ne plaisante pas, 10° dans l'Ariège et ciel plombé), entre dans l'ambiance parisienne estivale (26° à Paris), ferme les persiennes afin d'éviter un terrible soleil plombant et savoure la pénombre... pour se réveiller devant un programme de télé enfin regardable.
Montauban-Perpignan. C'est presque trop pour une reprise, cette overdose de drops, de retournements, de phases de jeu intenses et vacillantes, de ballons cachés qui progressent là où on ne croit pas qu'ils sont.... J'en ai le vertige, c'est très bon mais c'est fort, ça devrait se goûter à la petite cuillère et voilà que j'en reçois de pleines louches. Et comme si ça ne suffisait pas, je prends aussi une leçon de philosophie du langage.
Dans les tribunes montalbanaises, nulle inscription provocatrice ne vient rabaisser l'adversaire - mais ça c'est normal dans un stade de rugby. Il y a mieux : nulle inscription glorificatrice ne vient célébrer banalement et bêtement l'équipe au maillot vert, car le raffinement supporter atteint à Montauban un sommet logico-philosophique par une tautologie autoréférentielle qui me laisse un moment perplexe. A la fois comique et impérieuse, une banderole verte
précise savamment : "Ici, c'est Sapiac !", comme si les spectateurs présents et leurs visiteurs ne le savaient pas....
Mais non, que je suis bête : la banderole ne s'adresse pas à ceux qui sont là, mais à ceux qui, comme moi, sont le nez collé à leur écran de tv, dans l'indistinction de toutes les vertes pelouses, et donc il importe de préciser que ce n'est pas n'importe quel vert. C'est celui du stade Sapiac à Montauban, lieu singulier : vous y êtes, vous pouvez le regarder, nous voir, vous y voir (1).![]()
Plus que devant le célèbre tableau de Magritte "Ceci n'est pas une pipe", on se croirait dans un chapitre de la Poétique d'Aristote expliquant le plaisir qu'on a à identifier les personnages au théâtre : "celui-là, c'est lui !", jubilation de l'enfant découvrant l'ivresse de l'indicatif dans un geste gratuit - "ça, c'est ça".
On m'avait bien dit que le rugby est un sport parlé. Justement, voilà que j'entends l'arbitre déclarer, désignant ce qui se passe sur le terrain : "c'est un ruck !" Et le commentateur se régale à expliquer pourquoi il dit ça, et ce qui se serait passé s'il ne l'avait pas dit. La déclaration de ruck n'est pas une sanction, ce n'est pas une indication, ce n'est pas non plus une décision : c'est un acte de jeu qui se dit en se faisant et qui se fait en se disant.
Tandis que les tribunes parlent à l'indicatif, l'arbitre parle au performatif.
1 - Renseignement pris sur le web, on trouve une explication bien décevante : il existe un blog d'école primaire qui s'intitule "Ici, c'est Sapiac", et ce sont peut-être ces charmants bambins qui ont fabriqué la banderole. N'empêche que l'étrange effet-tautologie de l'indicatif en autoréférence se produit quand même !
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23:05 Publié dans Concepts, art, littérature , Top 14 | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Montauban
dimanche, 20 avril 2008
La Choule en manque
La Choule en manque
par Mezetulle
Privée de télé Canal+ en ce moment, La Choule en est réduite à écouter les échos des matches du Top 14, à prendre des infos de seconde main... Qu'est ce que vous voulez faire avec ça ? Pas la moindre petite fleur arrachée à une pelouse à se mettre sous le nez, pas le moindre beau petit problème intello à débusquer à la sortie d'une mêlée bien opaque. Juste de très beaux résultats "secs" pour Clermont et pour un flamboyant Beauxis, des nouvelles tristounettes pour Vincent Clerc, et un peu de nostalgie pour la page que tourne Peter De Villiers. En fait, j'attends que Greg se réveille pour pouvoir me précipiter sur son blog et lire le dithyrambe qu'il ne manquera pas de poster en l'honneur de l'ASM.
Paradoxe : c'est lorsque je séjourne en Ariège, dans une Ovalie plus-que-parfaite, que je me trouve dans cet état de manque ! Alors qu'à Paris.... bref, le monde à l'envers. Assez pleurniché : il me reste à éteindre la télé ("il n'y a vraiment rien") et à prendre un break en consultant Rugbyrama...
Ah oui tout de même je mets mon polo fleurdelisé, eh bien que croyez-vous qu'il m'arrive dans les rues de Lavelanet ? Rien du tout, même pas le moindre petit chambrage. Pas évident de transformer du cacadoie taché de rose en chiffon rouge... Je me demande finalement si je n'aurais pas dû plutôt apporter le tout rose avec "Paris" en gros marqué dessus. Bof, comme le dit Proust, avec les femmes tout finit par une question d'essayage.
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11:45 Publié dans Editos | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
dimanche, 06 avril 2008
La force de la joie intérieure (Toulouse-Cardiff)
La force de la joie intérieure. Toulouse-Cardiff 6 avril 08
par Mezetulle
Tout a réussi aux rouges de Toulouse dans ce match au rythme époustouflant qui est parvenu étonnamment à briser des Gallois pourtant jusqu'alors infatigables. A partir de la 70e minute (4e essai toulousain, marqué au milieu des poteaux en marchant comme les deux précédents... et transformé), les diables de Cardiff ont presque souri en gesticulant leur impuissance. Et la victoire toulousaine pourtant déjà assurée ne fut pas bétonnée par une classique "mise au chaud" de soigneux pick and go attendant la délivrance de la sirène, mais au contraire ponctuée en gerbe de feu d'artifice sur un tempo de French Cancan par l'exultation d'un drop final.
Tout leur a réussi, non pas jusqu'à leurs fautes, mais jusqu'à leur absence de peur de commettre des fautes... Cette absence de peur, lorsqu'elle est soutenue par une véritable valeur, par un travail acharné, par une maîtrise technique, n'est pas de l'outrecuidance, ni même de la témérité car elle n'a rien à voir avec le courage : c'est une assurance, une sorte de jubilation de soi-même qui se transforme en allégresse sur le terrain et qui balaie tout devant elle, adversaires, choses et vents contraires. Cela ressemble à de la chance, mais une chance qu'on a méritée et qu'on a su capter au bon moment.
Et même aussi j'ose croire que la joie intérieure a quelque secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. Je ne voudrais pas écrire ceci à des personnes qui auraient l'esprit faible, de peur de les induire à quelque superstition [...]. Mais, touchant les actions importantes de la vie, lorsqu'elles se rencontrent si douteuses que la prudence ne peut enseigner ce qu'on doit faire, il me semble qu'on a grande raison de suivre le conseil de son génie, et qu'il est utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance, et avec la liberté qui accompagne d'ordinaire la joie, ne manqueront pas de nous bien réussir.
Descartes, Lettre à Elisabeth, novembre 1646
Et quand on a su cultiver son génie propre, cette manière Champagne et jubilatoire, jusqu'au sommet de l'excellence, on peut aller sans répugnance à Twickenham.
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20:25 Publié dans Coupe d’Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Toulouse, Coupe d'Europe
mardi, 01 avril 2008
Un ballon à écailles ?
Un ballon à écailles ? Une contingence peut en chasser une autre
par Mezetulle
Un ballon transformé par la pluie en savonnette, essuyé, caressé dérisoirement et archaïquement avec une serviette de toilette avant le lancer en touche... C'est ce qu'on a vu encore la semaine précédente dans la pataugeoire du Stade Aguilera à Biarritz, où chaque chute s'accompagnait d'une gerbe d'éclaboussures comme on n'en voit que dans les bandes dessinées... et sur les terrains de rugby.
Qu'est-ce qui fait glisser le ballon, et le métamorphose en gigantesque glaçon ovoïde insaisissable qui, telle une fusée, s'échappe d'autant plus vite qu'il est fortement enserré ? Pas seulement l'humidité : la forme ovale prend sous la pluie et dans la rosée les propriétés d'une double queue de poisson. Et ce ne sont pas les petits picots du revêtement qui peuvent arrêter la glissade vers les extrémités. D'où l'idée d'un revêtement qui ressemblerait à des écailles élasmoïdes miniature ... mais implantées à l'envers, à rebrousse-poil si l'on peut dire, et symétriquement de part et d'autre, de sorte que la prise soit recentrée vers la panse et que la fuite vers les pointes soit sinon bloquée, du moins empêchée. Essayez donc de faire glisser un poisson dans vos mains de la queue vers la tête en le serrant...
On sait que bien des techniques dont on aurait aujourd'hui du mal à se passer (fermeture éclair, attaches velcro) sont
inspirées d'un modèle existant dans la nature - en l'ocurrence les micro crochets dont l'imbrication forme les plumes de certains oiseaux. Pour remplacer les peaux de phoques sous les semelles des skis de randonnée, on utilise déjà depuis longtemps des sortes d'écailles de synthèse qui bloquent le retour du ski vers l'arrière à la montée sans freiner son glissement vers l'avant à la descente. Il n'est donc pas si étonnant que des équipes de chercheurs travaillent aujourd'hui à transposer cette technique, en la miniaturisant, à la saisie d'une gonfle ovoïde chargée de pluie par des mains gantées de boue...
Les choses sont cependant loin d'être au point et il n'est pas encore question d'introduire cette nouveauté sur les terrains en dehors de quelques expérimentations - reste notamment à résoudre le problème du comportement de la balle dans le jeu au pied et surtout celui de
son évolution aérienne. En effet, les micro-écailles offrant une résistance alternée à l'air, le ballon devient totalement instable dès qu'il s'élève rapidement. On ne ferait donc, en l'état actuel des recherches, qu'échanger une contingence contre une autre. Le temps des spectaculaires et comiques en-avants humides, celui des serviettes de toilette sur le banc de touche n'est donc pas près d'être détrôné.
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15:40 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
dimanche, 23 mars 2008
Gros comme un éléphant et subtil comme un passé antérieur
Gros comme un éléphant et subtil comme un passé antérieur
par Mezetulle
La Choule est assez bon public et revient du Stade de France avec un sentiment différent de ce qui s'écrit çà et là chez les "connaisseurs", et notamment sur les forums très select et magnifiquement grincheux par principe de Rugbyrama.
Un "non-match à oublier" une "mascarade", cette rencontre entre le Stade français et le Stade toulousain du 22 mars qui se solde par une défaite remarquable du Stade toulousain 29 à zéro ??? Nullement. Malgré une balle glissante, malgré
une pelouse détrempée et une giboulée glacée qui a accueilli le coup d'envoi, on a vu de belles choses : du mouvement, du jeu, de la variété, des Parisiens remontés, acharnés à conquérir, au-delà de la victoire, le bonus offensif. Une équipe toulousaine nullement diminuée, nullement composée de seconds couteaux comme cela a été répété à l'envi et si dédaigneusement ces jours derniers, et parfaitement au point techniquement, notamment en mêlée et en touche.
Manque d'envie de la part des rouge et noir tout simplement : cela crevait même les yeux d'un gogo de Parisien qui n'y connaît rien et qui, c'est connu, se fait attraper par les cotillons guazziniens.... cela se voyait aussi gros que l'éléphant rose qui a défilé, avec les
masques vénitiens sur échasses, avant le match (voir l'album). Je m'en tiens à cette explication "naïve" : après tout c'est celle que Guy Novès avance et c'est la plus vraisemblable.
Faisant un petit tour sur le magnifique site du Stade toulousain, j'y trouve le plus beau récit du match, qui surpasse de loin tout ce qui se fait ailleurs. Il faut absolument aller lire ça, un exemple parfait de narration. Les Diafoirus de la pédagogie moderne peuvent en prendre leçon, eux qui, pour cesser d'enseigner la langue belle et forte, demandent régulièrement dans leurs rapports "à quoi peut bien servir le passé antérieur" et autres subtilités dont un "gamin d'aujourd'hui" n'a nul besoin, qu'il n'entendra jamais : il serait donc urgent de cesser de les lui apprendre.
A quoi peut bien servir le passé antérieur? Mais à lire un compte rendu de match sur le site du Stade toulousain, lequel retrace comment "après que Jeanjean eut été rattrapé " (et à la voix passive s'il vous plaît !!), le ballon "sortait" et fut recueilli par Blin qui marqua un essai ! A comprendre comment, de façon assez surprenante, on peut enchaîner ici un passé antérieur (événement ponctuel) avec un imparfait (action plus longue) - ce qui est aussi une intellection du rugby, seul sport où le ballon peut mettre un certain temps à "sortir" !!! A lire, en outre, quelques romanciers, poètes, fabulistes et autres rêveurs qui croient qu'une langue ne se réduit pas à un idiome parlé par des idiots bornés aux utilités immédiates. A savoir déployer les temporalités et les causalités, à ne pas s'effaroucher devant la conjugaison anglaise pas plus ni moins subtile que celle-ci. A dire, à lire et à penser ...
Mais à quoi bon répondre, puisque la question, ramenée à sa formulation essentielle et abjecte, contient la réponse : à quoi bon embarrasser le bon peuple de telles subtilités?
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17:25 Publié dans Concepts, art, littérature , Top 14 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Toulouse, Stade français
dimanche, 16 mars 2008
La petite classe de Paris à l'école de Clermont
La petite classe de Paris apprend à conjuguer le verbe mergo à l'école de Clermont
par Mezetulle
Larguée en première période sur un score qui a risqué d'être bananier (38-0 à la pause), la toute jeune équipe du Stade français, une fois renforcée par quelques aînés du banc, a pu jouer une seconde mi-temps honorable (12-12) pour un large score final en faveur de Clermont (50-12).
Aussi ne sortirai-je pas mon smiley mouchoir rose, pourtant déjà bien humide et que j'ai toujours à portée de code html cette saison. Je n'éprouve même pas le ressentiment injuste qui m'a prise lors du lamentable match contre Perpignan. Pas de passions tristes. D'abord parce que la démonstration de Clermont en première période était véritablement fondée sur sa force et sa supériorité, exaltées par l'inexpérience - mais pas par la bêtise ni même par la faiblesse intrinsèque - de l'équipe adverse. Juste une question de niveau. Ensuite parce que la seconde période, en redonnant aux roses quelques épines endurcies par les saisons passées, fut plus qu'intéressante.
Galthié aguerrit cette jeune classe et lui apprend à conjuguer le verbe mergo (1) en commençant par le passif - ça donne mergitur et ça vous tanne le cuir et le moral, même dans l'eau douce de la Seine ou des lacs d'Auvergne. Rude école en effet, puisqu'il l'esseule sur un prestigieux stade chauffé à jaune et devant une équipe d'acier pendant toute la première période, histoire de voir si elle a du souffle en totale apnée. Et déjà de ce plongeon redoutable sortent sans suffoquer Camara, Dibel auteur d'un essai, Paillaugue et Montanella. Je sens que je vais apprendre bien vite les autres noms.
Quant au public clermontois, croyant un moment avoir affaire à l'équipe insubmersible qui avait "sorti" les jaunards l'an dernier, il a néanmoins vite remisé ses sifflets et autres et ils sont où les Parisiens? pour revenir dignement à sa tradition savante et chaleureuse. Un petit garçon à l'écharpe jaune suivait avec application, le regard plein d'admiration, les allers-retours de "déconditionnement" des fleurdelisés après le match, en toute simplicité : toute une ambiance.
J'ai même aperçu très nettement Greg collectionnant autographes et posant pour les photos qu'il va sûrement mettre sur son blog ! (2)
(1) mergo, ĕre, mersi, mersum : - plonger (dans l'eau), submerger, engloutir. au fig. plonger, enfoncer, précipiter dans, engloutir, absorber dans. Voir le dictionnaire latin-français en ligne.
Rappelons que la devise de Paris est Fluctuat nec mergitur.
(2) Bien entendu c'est ce qu'il a fait : allez voir cet article et aussi l'album.
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18:45 Publié dans Top 14 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Stade français, Clermont
samedi, 15 mars 2008
Rugby en salle et par procuration critique
Rugby en salle et par procuration critique
par Mezetulle
Le programme de la Choule cet après-midi du 15 mars ? Scotchée sur France 2, enfilant les plus belles perles du rugby européen, avec Italie-Ecosse, puis Angleterre-Irlande pour exploser avec l'apothéose Pays de Galles-France ?
Mais non, vous n'y pensez pas : le calendrier des VI Nations, ne consultant jamais celui de la très vénérable Société française de philosophie (née en1901, à peu près en même temps que les rencontres qui ont donné naissance à ce bel objet sportif), La Choule enfilera des perles tout aussi prestigieuses dans l'amphithéâtre Michelet de la Sorbonne.
Programme : réunion du bureau, Assemblée générale, Conférence, Débat, Réception du conférencier à la brasserie "Le Balzar"... Arrf, je pourrai toujours avoir le lot de consolation en Top 14 avec Perpignan-Montpellier en soirée et demain un Stade français-Clermont qui s'annonce plus que pathétique.
Sécher ? vous n'y pensez pas : c'est moi qui ai le carnet de chèques et sans moi ils ne pourront rien boire... Et puis la conférence sur Vico par Alain Pons sera sans aucun doute à la hauteur de l'intérêt d'une belle rencontre de rugby, la pensée critique ayant elle aussi, comme vous le savez, ses saveurs acides et ses moments "champagne". Enfin, sachez que le Bureau de la SFP est composé en grande majorité de maniaques des sports de balle (avec une petite tendance à préférer le foot pour certains d'entre eux, m'enfin...). Le logo de la SFP vous rappellera peut-être quelque chose: c'est le petit joueur de paume de la Dioptrique de Descartes, lui que j'ai toujours trouvé si bon pour le moral...
On aura donc le plaisir de parler, de faire nos pronostics, de dire tout le bien et le mal que nous pensons des joueurs, du sélectionneur, des arbitres, des maillots, de la pelouse, du temps qu'il fait, de célébrer les matches et les tournois de jadis et naguère, et de s'abandonner, pendant le pot, aux délices de quelques explications de texte du Midol. Non sans avoir soigneusement, avant de partir, programmé les magnétoscopes et autres enregistreurs.
Chers amis rugbymaniaques et amateurs de belles joutes critiques, ayez une pensée pour La Choule cet après-midi, et avant d'allumer vos étranges lucarnes, allez jeter un coup d'oeil sur le site internet de la Société française de philosophie...
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10:20 Publié dans Editos , VI Nations | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie
dimanche, 09 mars 2008
Oser la crise
Oser la crise ? (Stade français-USAP 12-23)
par Mezetulle
Après la défaite contre Biarritz la semaine dernière et le lamentable match
perdu contre Perpignan hier à Jean Bouin, le Stade français livre sur son site une (j'allais écrire "analyse" mais le mot est bien trop empreint de lucidité) justification affligeante qui en dit long :
Le président de l’Usap avait annoncé une crise en début de semaine après le nul à Dax. Ses joueurs se sont donc retrouvés en stage commando. Le Stade Français sortait lui d’une défaite à Biarritz. Privé de très nombreux cadres Paris ne recevait pas Perpignan dans les meilleures conditions. Pour ressouder un groupe rien de telle [sic] qu’une bagarre. Les Catalans se sont beaucoup servis de cette astuce pour partir du bon pied dans la partie.
Ce qui est vrai pour l'USAP - regarder une crise en face, oser la nommer, la vivre et la traiter, en revenir plus fort et plus soudé - ne le serait donc pas pour Paris ? On se met la tête dans le sable et on brandit des motifs extérieurs : "On a une infirmerie trop pleine, on a des joueurs mobilisés par les VI Nations". Mais cela est vrai aussi pour Clermont, pour Toulouse... A cela s'ajoutent - encore pire - les arguments pleurnicheurs de cour de récréation "L'Usap est arrivé avec l'intention d'en découdre, sniff !"... mais j'espère bien ! Et vous ?
Ces pauvretés n'expliquent pas une démobilisation qui se voyait comme le nez au milieu de la figure. Je ne parle pas seulement du calamiteux lancer en touche à 5 m de l'en-but rose qui, atterrissant directement dans les mains d'un adversaire, a offert un essai à l'USAP. Je ne parle pas seulement de la passe "téléphonée" et interceptée... qui a conduit à un second essai. Je parle d'une ambiance générale dépressive, qui transpirait à travers les beaux restes de perfection technique - laquelle n'en était que plus pathétique. Le coeur et la nécessaire dose de hargne n'y étaient pas.
Que faut-il souhaiter maintenant au Stade français ? Une belle crise, une vraie, de celles qu'on peut formuler et vivre en explosant, en s'eng..., en travaillant sur soi-même. Ils se
sont bien offert les années passées, en plus de l'abondance de biens, ce qui ne s'achète pas : un moral d'acier... Pourront-ils s'offrir, malgré leur gros budget, une vraie déréliction - une traversée du désert sans déserteurs ?
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12:40 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Stade français, USAP, crise
samedi, 08 mars 2008
Cafouillage sublimé à Croke Park
Cafouillage sublimé à Croke Park
par Mezetulle
Un régal ce match Galles-Irlande... et un régal aussi d'entendre Jérôme Cazalbou expliquer le seul essai de la rencontre, avec cet "appui sur raffût" qui a rencentré la course du joueur Gallois... on ressentait, avec les mots, les forces s'exercer.
C'est vrai que le match était passionnant, jusqu'à trois minutes de la fin où les Gallois ont mis au chaud quatre points d'avance en couvant le ballon par un jeu au ras "chronométrique".... un peu ennuyeux. Trois minutes d'ennui sur 80, ce n'est pas mal.
C'est vrai que les Irlandais peuvent s'en prendre à leur numéro 16, auteur d'un coup d'épaule gratuit qui aurait pu (dû) lui valoir un carton jaune au moment où la rencontre pouvait basculer ; même sans cette punition, la bêtise a été payée d'une pénalité en faveur des Gallois, leur donnant l'avance décisive en fin de partie.
Mais surtout, on est admiratif devant le jeu surabondant des Gallois. Surabondant, je veux dire par là qu'ils marquent bien en deçà des actions réelles, tant ils manquent parfois de jugement, tant ils se font pénaliser, jouant à 14 contre 15 pendant vingt minutes. Et c'est une vertu, de pouvoir jouer tellement tellement qu'en "scorant" 70% de ce qui était possible et prévisible, on gagne quand même ! Il y a longtemps qu'on avait vu un jeu où il faut en faire toujours un peu trop pour gagner. Un jeu qui ressemble à la cuisine de ma grand'mère : mets ce qu'il faut (pas la peine de mesurer, ça se voit) et rajoutes-en une cuillère, ça ne peut pas être mauvais.
Imaginons maintenant qu'ils puissent aligner le rendement sur l'investissement, rentrant dans le rang gestionnaire de "l'efficacité" rugbystique tant vantée ces derniers temps...
Beurk, non, pas ça, pas encore (le style des 3 minutes finales a montré qu'ils savent aussi le faire) : je les préfère avec leur majestueux cafouillage constamment rattrapé, constamment dépassé, homomorphe au rebond d'un ballon de rugby. Il y en a tellement qu'il en reste assez pour marquer et pour gagner ! Mais ça porte un nom en français, même que c'est une vertu : la générosité.
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16:40 Publié dans VI Nations | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Galles, Irlande, Cazalbou
lundi, 25 février 2008
La Choule a un an !
La Choule a un an !
par Mezetulle
La Choule fête aujourd'hui son anniversaire. Il y a un an, elle déboulait sur la pelouse, brandissant sa pancarte
intello, traînant sa langue d'oïl picarde et sa fleur de pavé parisienne qui a bien vite viré au rose... Elle fut accueillie dans la plus pure tradition des gentlemen et de l'esprit qui souffle sur les balles ovales, pas seulement pour les gonfler.
En cadeau d'anniversaire, le XV de France lui offre une défaite contre l'Angleterre... défaite pleine de promesses, encourageante. On a beau cultiver le grognon qui met le Stade de France en bouteille avec des « si » imprécateurs, on n'arrive pas à se lamenter, encore moins à pleurer devant ce bouquet de bourgeons acides encore duveteux sous le soleil de février, un peu naïfs mais tellement talentueux et courageux. A mon avis, ce genre de bourgeon fleurit et mûrit vite.
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22:20 Publié dans Editos | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : XV de France
samedi, 23 février 2008
Grognon rose sur gris lumineux
Grognon rose sur gris lumineux
par Mezetulle
Ce sont les couleurs que je propose à Max Guazzini pour le prochain maillot du Stade français, après avoir vu le match contre Castres vendredi soir 22 février, soldé par une écrasante et étonnante victoire du Stade 47 à 16.
Rose grognon comme le jeu brouillon et angoissant de mes chouchous en première période. Rose grognon comme un jour de métro bondé où les gens râlent leur indécrottable bonne humeur, se "traitent" avec une rhétorique impeccable, se tassent pour finir par trouver leur place. Grognon râleur "je fais tout de travers, mais finalement on s'en sortira, et d'ailleurs tout le monde me déteste et j'adore ça" dans la grande tradition parisienne brillamment illustrée hier par les mâchoires crispées et le regard méchant de Fabrice Landreau sous son bonnet rose, pas content, pas content.
Qu'est-ce que vous voulez, on est en avance au score à la mi-temps, mais franchement c'est nul, cafouilleux, plein de fautes. Ils vont prendre une sacrée remontée de bretelles dans les vestiaires, vous allez voir ça... Même Antoine Burban, sanctionné pour avoir été plaqué en l'air...? Eh bien, c'est bien fait : c'est pour toutes les fautes que l'arbitre n'a pas vues. Landreau c'est le genre de père de
famille comme je les aime : "Tu t'es pris une gifle par l'instit, et en plus tu dis que tu ne l'as pas méritée? Je vais t'en coller une autre, moi !" Et Galthié dans sa cage en verrre qui ne décolère pas, rivé à son téléphone : comment, 25 à 9 à la mi-temps ? Mais vous vous êtes vus ? C'est comme ça que vous voulez recevoir Perpignan et Toulouse ? C'est comme ça que vous voulez aller à Clermont et à Biarritz ? Vous avez eu du bol que leur défense à Castres ne soit pas au point, c'est tout. Allez, caltez !
Rose grognon comme ces commentaires de Canal + en forme de désolation chaque fois qu'une action parisienne était en cours, une vraie oraison funèbre au secours de l'Ovalie castraise qui m'a fait rire pendant tout le match. Ils sont même allés jusqu'à dire "Oui les Parisiens vont se faire eng... dans les vestaires, mais en revanche ce qu'il faut aux Castrais, ce sont des paroles de réconfort, de consolation". En entendant ces propos insultants révélant une grande finesse psychologique, là oui vraiment j'ai eu une pensée désolée pour les Castrais qui ne méritaient nullement une compassion aussi humiliante ! Cela, c'était vraiment à pleurer ... C'est comme si, avant le bac, j'avais dit à mes élèves : "mes pauvres petits, vous allez vous casser la gueule, mais je vous aime bien, ce n'est pas grave, maman vous console d'avance"... Je leur disais au contraire: "Ce ne serait pas tellement étonnant que vous ratiez votre bac. Alors, étonnez-moi". Et ils le faisaient.
Je conseille aux commentateurs de Canal+ de lire le traité d'éducation de Locke ; il y est dit que les enfants, tout comme les hommes, ont trois passions dominantes: la liberté, l'empire et la gloire. Et qu'aucune des trois ne peut s'étouffer, mais que toutes peuvent et doivent se cultiver, s'élever, se civiliser.
Gris lumineux comme la tronche de Fabien Galthié qui comme d'hab se retient de sourire après la victoire, qui commence déjà à seriner que la semaine prochaine si on continue comme ça, eh bien ça n'ira pas du tout. Gris lumineux comme le visage à la fois terrorisé et rayonnant du tout nouveau "bébé colosse" Quentin Valençon, tuilé par Christophe Dominici qui sort et lui passe le relais après avoir marqué
un essai (oui Christophe, tu as toujours la "gnac"), bourré de secousses amicales par le capitaine Blin. Comme le visage étonné de deux minettes agitant leur drapeau rose, n'en croyant pas leur yeux, mais si je t'assure, ils ont gagné, après nous avoir fait croire que rien ne va....
Gris lumineux comme le ciel de Paris où on n'ose jamais dire qu'il fait beau - ça ferait tellement de jaloux, et puis de toute façon il vaut mieux dire qu'on se déteste soi-même, qu'on est mal, qu'on est bien mieux à Syracuse, sur le Fuji-Yama, etc. etc. Et comme ça quand on est vraiment dans le gris, on est vacciné, on sait boire la tasse en chantant une chanson où on se souvient de Syracuse, etc.
D'ailleurs moi aussi je suis comme ça: je me dépêche de faire un article grognon rose, des fois qu'on soit vraiment à la peine dans la suite, qui s'annonce grise et dure comme le mâchefer...
Alors finalement, voyons ce maillot. Mmmm, le cacadoie ? Arrf.. On en garde quand même un peu, rien que pour salir le rose et le gris lumineux. Sinon, on aurait mal aux yeux.
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12:45 Publié dans Mes coups de cœur , Mes coups de gueule , Top 14 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Stade français


