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samedi, 27 octobre 2007

Ouverture Top 14 au Stade de France

Ouverture Top 14 au Stade de France

 par Mezetulle

Stade français Paris - Clermont ASM, 27 octobre.

Un match très offensif (on avait oublié que ça existe !) où on a vu de très belles actions, dominé par les Parisiens en 1re mi-temps, et par Clermont en deuxième moitié de seconde mi-temps qui a concrétisé une magnifique succession d'attaques par un essai de Broomhall. Le score est presque celui de la finale de la dernière saison mais le match présentait une physionomie très différente, beaucoup plus équilibrée. Je dois dire que j'ai bien mieux aimé celui-ci, avec une pensée pour Greg et Christophe : j'avais bien sûr revêtu l'écharpe bicolore du 9 juin !medium_27102007_004_.jpg Et les Clermontois sont là, moins nombreux que le 9 juin (en regardant bien : petite zone jaune sur la photo), mais le ramage est bien plus volumineux que le plumage ! 

Malgré une toute fin de match un peu cafouilleuse - essai refusé à Clermont au motif que Cudmore s'est introduit dans l'en-but en rampant et n'aurait donc pas "aplati"... bon, je n'étais pas de ce côté et je n'ai absolument rien vu - et pas mal de fautes, mes chouchous ont gagné 23-17. Après avoir vu l'essai de Mirco Bergamasco, le drop puis l'essai de Liebenberg, enfin Saubade traverser le terrain avec le ballon sous le bras, j'ai la certitude qu'ils vont vraiment s'accrocher au Bouclier très très fort et chercher les points de bonus. 

Maintenant que je suis une habituée des lieux (voir "Le Stade de France pour les nuls") j'ai fait un parcours sans faute. Plus une seule hésitation de "bleu" au sujet de la meilleure station RER, du ravitaillement en eau, du parapluie qu'il vaut mieux laisser à la maison - d'ailleurs il ne pleut pas.

medium_27102007_001_.jpgNon, la question "branchée" c'était plutôt : qu'est-ce que l'équipe de Max Guazzini aura inventé cette fois pour nous épater? Parce que le maillot camouflage on l'a déjà vu (pas terrible, surtout sur une pelouse). Je ne parle pas non plus du spectacle équestre, du mini-concert de Calogero, des Girls du Moulin Rouge... n'en jetez plus.

Déjà vu aussi le 9 juin : le tour de piste du Bouclier de Brennus. Alors là vous allez dire que je charrie, je suis vraiment difficile, blasée. OK mais quand même c'était la moindre des choses de le montrer encore une fois ! Et dans quel cortège : des motards ouvrant la voie à une Cadillac rose bonbon ! Un look rock d'enfer !

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 Et là, oups, il est passé (la photo numérique, surtout sur un téléphone portable, ça ne vaut pas les bon vieux reflex mécaniques au 1/1000e de seconde), vous pouvez juste voir un petit morceau d'une des Girls qui tiennent le glorieux trophée :

 
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Et puis arrive sur la pelouse un char avec ce gros oeuf-ballon doré

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  qui éclôt, medium_27102007_015_.jpg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
livrant passage à une Girl qui joue les poupées russes : elle tient dans ses mains le ballon, le vrai, pour le coup d'envoi ! 
 
 
 
 
 
Le clou de tous ces joujoux qui entourent le jeu, c'est, tenez-vous bien, un "feu d'artifice de jour" (sic) qui clôt la rencontre. Comment fonctionne cet oxymoron ? Il fallait juste y penser : on enfume le stade autant qu'on peut avec des fumigènes sur le pourtour qui pétaradent en chapelet, et quand la fumée est bien épaisse, on tire les fusées lumineuses qui s'élèvent sur fond de volutes ! 
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Mais bon sang, mais c'est bien sûr, ce truc-là, je l'ai déjà vu... à l'opéra !
 
Il y a des gens qui font la fine bouche au sujet de l'opéra, précisément par amour de la musique, qu'ils accusent de se vautrer dans la vulgarité, de se fourvoyer dans "ce profane spectacle au théâtre étalé"...  Ils prennent des airs dégoûtés et vous font la leçon en vous regardant de haut : la musique, ce n'est pas ça, la musique, la vraie, la bonne musique, c'est celle qui se joue dans un petit cercle d'initiés auxquel vous aurez bien du mal à accéder, et qui vous remplit d'un sentiment quasi-religieux.
Mais moi j'aime l'opéra, spectacle à la fois grandiose et désacralisé. 
 
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lundi, 22 octobre 2007

Bilan rugby bling bling

Bilan rugby bling bling

par Mezetulle

"La Coupe du monde de rugby : une bonne affaire commerciale". Tel est le titre de l'enquête de Vincent Pellegrini et Sébastien Paour diffusée le 22 octobre sur France-Info.

Selon cette enquête, l'IRB dégagerait un bénéfice de 180 millions d'Euros pour cette Coupe du Monde 2007. C'est formidable, ça atteint le niveau du tournoi de Roland Garros. Et puis, il y a les fameuses "retombées", etc. Tout baigne.

La fin de la chronique fait entendre un son de cloche moins sonnant et plutôt trébuchant : c'est que justement il y aurait des cloches dans cette opération, ou plutôt des pigeons. Le montant des investissements consentis par les villes hôtes pour l'accueil des équipes et les frais afférents n'est pas connu. Explication : l'opération serait tellement déficitaire pour les finances publiques que les municipalités préfèrent mettre la sourdine en période électorale. Et la chronique de se terminer perfidement sur les statuts de l'IRB qui affichent ouvertement l'objectif de "maximiser" les recettes... comme l'aurait probablement voulu Pierre de Coubertin....

Je fais état de ça, mais je ne suis pas tellement inquiète : sûrement que l'IRB va piocher dans ses bénéfices pour venir au secours du contribuable français en prenant en charge une partie substantielle des frais d'accueil, non? 

J'ai encore tout faux là ?

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dimanche, 21 octobre 2007

Les Springboks au sang vert

Les Springboks au sang vert

 par Mezetulle

Expression entendue hier sur quelques chaînes de tv, après la belle victoire des Springboks en finale. Dans un reportage dans les townships, déjouant toutes les attentes des bien-pensants qui auraient aimé déguster quelque déclaration accusatrice de restes d'apartheid, un adolescent noir hurle : "on a tous le sang vert  !" - allusion à la couleur du maillot de l'équipe nationale. medium_SpringboksWallpaper.jpg

Et Laurent Bénézech, lors d'un débat sur la chaîne TV de L'Equipe hier soir, rappelait que l'entraîneur Jake White est resté "droit dans ses bottes" devant les énormes et multiples pressions communautaires de tous côtés qui souhaitaient des quotas : on prend les meilleurs. Nul besoin de quota, en effet, pour comprendre que Habana est un des meilleurs joueurs de rugby du monde! Et si le nombre de joueurs noirs est encore restreint, c'est avant tout dû à la structure sociale qui fit du rugby un sport élitiste en Afrique du Sud. Mais ne l'a-t-il pas été fort longtemps en Angleterre ? L'alibi de l'amateurisme n'a-t-il pas longtemps couvert en Europe une pratique jalousement aristocratique ? Alors laissons faire le temps et l'éducation (1).

Ce grand pays travaillé par les contradictions et par une histoire douloureuse montre la voie : dans quelques années, lemedium_LaCoupe.jpg rugby, s'il sait se doter comme c'est probable de moyens pour être encadré et largement enseigné, ne sera pas seulement un sport véritablement national, il sera emblématique de la formation d'un peuple, laquelle n'a rien à voir avec celle d'une ethnie.

On aimerait que la France reste fidèle à cette conception, qu'elle a pourtant contribué à inventer, et qu'elle le soit aussi dans son rugby. D'immenses zones urbaines sont à conquérir. On souhaite que l'Ovalie continue à sortir de sa "profondeur" territoriale - ce qui n'est pas encore gagné au vu de quelques propos célèbres sur "les bourgeoises de m..." qui, paraît-il, ornent les fauteuils du Stade français. Mais je n'épargnerai pas non plus ce dernier : il serait bien avisé, en dehors de ses excursions au Stade de France, de venir un peu plus souvent à l'est et au nord des quartiers chics de Paris...

Au fait, La Choule avait risqué un pronostic, publié par le journal argentin La Nacion le 19 septembre. Y figuraient les Springboks en vainqueurs, et l'Argentine en possible outsider... Et bien entendu je m'y trompais comme tout le monde en avançant les All Blacks et l'Australie sur le 2e rang, et en faisant évidemment l'impasse sur une Angleterre alors au fond du trou. Mais quand même : pas trop mal pour une "bourgeoise parisienne de m..." non ?

 PS. Encore une semaine pour visiter l'exposition des peintures de Marine Assoumov au Stade de France (jusqu'au 30 octobre). Bonne occasion pour ceux qui, comme La Choule, assisteront au match d'ouverture du Top14 samedi 27 octobre : venez une heure plus tôt, ça vaut le coup ! Voir l'album du vernissage.

1 - Voir sur ce sujet l'article de Stéphanie Platat dans l'édition électronique de Libération d'aujourdh'ui (à laquelle j'emprunte la photo Reuters).

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samedi, 20 octobre 2007

Les stratégies de "la France qui gagne"

Les stratégies de "la France qui gagne"

 par Mezetulle

Après la rupture entre Cécilia et Nicolas, Roselyne s'apprête peut-être à plaquer Bernard ?

Rupture et plaquage : ne sont-ce pas là des stratégies clés de "la France qui gagne" ? (Euh, j'ai tout faux là ?)

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vendredi, 19 octobre 2007

L'Argentine haut la main et les Bleus... comme des pieds

L'Argentine  haut la main et les Bleus... comme des pieds

 par Mezetulle

L'Argentine est passée maître haut la main. Et on a vu retomber les Bleus en enfance pendant ce dernier match de Coupe du monde après une série calamiteuse de coups de pied atterrissant invariablement dans les bras de l'adversaire. On a encore dans l'oreille les déclarations de cette semaine, selon lesquelles "on joue un jeu prévisible". Je croyais naïvement qu'il s'agissait d'analyses, mais non : c'était une description du match à venir !

Tout a basculé, selon moi, en 1re mi-temps sur un de ces malencontreux coups de pied tirés par Michalak dont Thierry Lacroix a trouvé bon de célébrer "l'intelligence" pendant une bien longue minute... de possession de la balle par les Argentins. Il a bien fallu arrêter cet éloge paradoxal lorsque l'action s'est conclue par un essai puma! Aveuglement incompréhensible d'un commentateur d'habitude lucide, qui reflétait celui qui commençait à nous crever les yeux sur le terrain. Et la soirée aux chandelles foireuses a continué encore un bon moment. C'était à la limite du comique, comme le dit si bien le mot dérisoire. Dérisoire de voir tant de talents individuels gâchés, dispersés, débandés.

Le plus admirable dans l'équipe des Pumas dont on craignait naguère (du temps de leur enfance, je veux dire il y a encore quelques semaines) un jeu rusé, procédurier, fondé sur les interstices et les petites astuces, a été, outre l'immense démonstration de force, de lucidité et de maîtrise, la générosité de jouer magnifiquement jusqu'au bout, et non de regarder petitement la montre comme tant d'autres "adultes" l'auraient fait, même dans un tout dernier match.

Les voilà remontés sur un nuage, un vrai, pas celui de l'angelot dont je parlais dans mon dernier article : sur celui des vraies victoires, celles qui vous transforment et vous obligent, parce que noblesse oblige. J'imagine que là-bas, à l'autre bout du monde, au pays "du long nuage blanc", on commence à se repasser en boucle quelques vidéos bigarrées de bleu et de blanc. Parce que là, oui, on prend son pied.

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mercredi, 17 octobre 2007

L'Argentine adolescente

medium_PumasSpringboks_AFP_.jpgL'Argentine adolescente

 

Le match Argentine-Afrique du Sud du 14 octobre a fait bouger bien des choses. Un titre très judicieux de L'Equipe disait "Les Argentins veulent grandir", faisant allusion à la fois au statut du rugby en Argentine et à la reconnaissance méritée des Pumas parmi les grandes équipes du rugby mondial, à leur intégration dans le tournoi prestigieux des Tri Nations.

Mais grandir, ce n'est pas seulement être reconnu : c'est aussi perdre à ses propres yeux et aux yeux des autres le charme et la légèreté de l'enfance. Il faut y passer.
Les Springboks et l'arbitre du match ont sur ce plan parfaitement réussi enfin à sortir les Pumas de leur aura et de leurs minauderies de petits garçons innocents: les voilà maintenant des joueurs ordinaires, des grands joueurs comme les autres.

Le visage de Pichot est très expressif, il ne peut rien cacher des émotions qui l'envahissent. Il fallait voir sa pâleur lorsque l'arbitre lui a fait comprendre que "ça va bien maintenant, on arrête les gamineries". Ce n'est pas le fait d'avoir perdu qui l'a rendu pâle (car il n'y a aucune honte à perdre contre les Springboks et à ce niveau de la compétition) mais celui d'être déchu de la condition d'ange où ils ont plané pendant toute la CDM. Terminus, tout le monde descend du nuage! Il savent maintenant que le ciel peut s'obscurcir : il sont passés au-dessous des nuages.

La vraie carrière de l'Argentine commence maintenant, dans la cour des grands, avec le doute, avec la pression qui pèse sur les grandes équipes, qui peut les rendre fébriles, maladroites, lourdaudes, et qui les somme de se surpasser pour gagner. Les voilà sortis de l'Eden (pas l'Eden park !) et précipités sur la terre, où il y a des sommets à gravir avec leurs vallées de larmes. Souhaitons-leur une belle adolescence, avec tous ses éclats et ses inconforts. medium_MontgomeryHabana.jpg

Quant aux Springboks, pour ma part je les vois au bout, ils ont infiniment plus d'invention que les Anglais, et trois joueurs d'exception: Du Preez, Habana et le souverain Montgomery - un métronome sorti d'un tableau de Botticelli !

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dimanche, 14 octobre 2007

Voici des roses méritées

Voici des roses bien méritées

 par Mezetulle

Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches
Et puis voici ce train qui s'éloigne sans nous
(Verlaine / Serge Lama)

Victoire amplement méritée en demi-finale pour le XV de la rose, qui revient de loin. Mais eux, ils ont aussi la culture du doute, ils connaissent l'amertume des défaites, et ils n'ont pas flanché. Que n'a-t-on pas dit des "vieux", des "usés" ? Ils sont là.

De toutes les équipes rencontrées par le XV de France dans cette Coupe du monde, c'est à mon sens l'Angleterre qui a présenté la défense la plus étanche, la plus coriace, et le mental le plus constant.

"Il s'en est fallu de peu" entend-on un peu partout ce soir sur les forums et dans les déclarations... Que non.. ce n'était pas de peu !  Quand on ne marque aucun essai, quand l'adversaire joue de malchance en ratant plusieurs pénalités et en mettant un drop sur le poteau, on peut encore s'estimer heureux d'un score honorable. Certes, la France a dominé la première mi-temps, mais sans résultat vraiment probant et s'est essoufflée à préserver un écart insuffisant ensuite. Le mental n'a pas résisté à cette non rentabilité : le piétinement du score en seconde mi-temps a enclenché une série de maladresses et de mouvements fébriles qui, sans atteindre le niveau de ceux qui ont coûté le match d'ouverture, ne pouvaient laisser espérer une issue favorable face à une équipe anglaise sans faille.

Quelques esprits chagrins clament que "les Anglais n'étaient pas si brillants"... sans doute pas autant que lors de la magnifique rencontre du 11 mars dernier en Tournoi des VI nations qui a barré aux Bleus la voie du grand chelem. Mais ce soir et durant cette compétition, ils ont su douter encore mieux que nous et revenir du fond de l'abîme. Rien que pour cela, et même si ça ne leur fait pas plaisir, je leur décerne le prix du meilleur cartésien !

J'applaudis les Bleus, qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes et qui ont su remonter un handicap que d'aucuns disaient fatal. Ce n'est pas rien d'avoir battu les Blacks et de leur avoir appris à douter.

On se consolera en regardant demain soir quelques joueurs du Stade français sous le maillot rayé bleu et blanc de l'Argentine. Il ont un enthousiasme total qui fait du bien à voir - mais eux n'ont pas besoin d'être cartésiens: c'est le luxe que peuvent se permettre, une fois dans leur carrière, les challengers. Et si les Springboks gagnent, on aura le plaisir de voir le 20 octobre, outre un énorme match, le duel entre les plus raffinés des buteurs, le très élégant Montgomery et l'étonnant Wilkinson.

Et, pour une fois, s'il pleuvait ?

Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches
Et puis voici la pluie qui coule dans mon cou.

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PS dimanche, 10h30. Encore un insolent très beau temps sur Paris... voilà qu'on fait partie des "pays imbéciles où jamais il ne pleut". Pas le moindre flocon de brouillard à "se mettre aux paupières" ni la moindre goutte pour couler dans mon cou. Ras-le-bol avec "l'azur, l'azur, l'azur"!!! 

dimanche, 07 octobre 2007

Un haka reconverti

Un haka reconverti. Réflexions sur une opération esthétique

Beaucoup de choses ont été dites sur le haka des All Blacks, et je vais en remettre une couche arpès le match du 6 octobre.

Quel est au juste son statut ? C'est une admirable chorégraphie rituelle, mais une chorégraphie : alors il faudrait la produire avant les hymnes nationaux - ce qui contribuerait à élever le niveau des divertissements d'avant-match. On pourrait de la sorte avoir un festival de hakas, car il y en a pour toutes circonstances. Mais à l'évidence, les All Blacks l'utilisent comme un deuxième hymne qui leur appartient en propre, et lui donnent un caractère intimidant. Pourquoi alors seraient-ils les seuls à bénéficier d'un second hymne ? On m'objectera qu'il y va de leur "identité"... c'est comme si on coupait les griffes à un chat, etc. Mais l'identité n'est pas un motif pour rompre l'égalité : les Ecossais n'ont jamais imaginé danser la gigue, les Italiens la tarentelle, les Français le French cancan, la java (euh pardon la sumatra ? la bornéo ?), etc., après les hymnes nationaux et juste avant le coup d'envoi...

La réponse à la question est en partie dans le contenu même du haka : il est sans réplique, c'est une danse absolue. Avec une tarentelle, une gigue ou une valse, on peut faire de l'esprit, de l'autodérision, on peut même atteindre le beau, mais on ne va pas jusqu'au sublime. Le haka fascine : son effet repose sur une esthétique du sublime - on est happé, on s'en veut de ne pas avoir trouvé quelque chose d'aussi fort. Et, tel un oiseau fasciné par le chat qui l'hypnotise avant de le dévorer, on ne peut s'empêcher de regarder comme on regarde dans un gouffre, on est à la fois apeuré et transporté. La force de ce haka est d'excéder le beau pour parvenir au terrible, forme de l'admirable. On ne peut pas, comme Ulysse le fit avec le chant des Sirènes, se boucher les oreilles (ici fermer les yeux) ou s'attacher quelque part pour ne pas voir. Les Sirènes exercent une séduction, mais le haka ne séduit pas : il exalte et horrifie à la fois. Inutile de s'en détourner car il n'appelle aucune réponse, il n'appelle qu'une contemplation muette : il est par définition sans réplique.

Que faire alors devant cette chorégraphie ? Il faut savoir que c'est une chorégraphie, savoir que c'est sublime et que le sublime, comme la chorégraphie, est fragile : il suffit d'un tout petit décalage pour qu'il sombre sinon dans le dérisoire, du moins dans le déplacé. Un grain de sable peut rompre le charme, et faire que "ce n'est pas ça". Car le sublime ne repose pas sur un secret de fabrication maori : il y a belle lurette que les trucs en ont été éventés au IIe siècle de notre ère par le pseudo-rhéteur Longin, dont le Traité du sublime fut traduit en français par Boileau en 1674.
 
Réduisons les choses à l'aspect chorégraphique. L'essentiel repose ici sur une occupation fantasmatique de l'espace qui s'effectue paradoxalement par un dispositif chorégraphique presque immobile : un espace effrayant tout entier projeté vers l'avant et vers le haut, reposant sur la visibilité des visages, de la face avant du corps des danseurs, et sur des gestes esquissés vers l'avant (d'autant plus énergiques que leur force est dans leur rétention-projection) ou effectués de bas en haut genoux fléchis. L'espace ainsi produit est ce qu'on appelle une "quantité esthétique" : il n'est plus mesurable en unités rationnelles... il devient une immensité, le théâtre de la défaite annoncée.
Alors, étant entendu qu'il faut accepter le "sans réplique" en consentant au regard, il faut trouver quelque chose qui frappe cet espace, qui l'oblitère, qui en bloque l'expansion et qui le ramène à sa quantité mathématique. Exactement ce qu'ont fait les Bleus, et cela dans trois dimensions, avec une grande pertinence : la photo (AFP) ci-dessous l'illustre très bien (1).

medium_Haka6oct07.jpg


1° Blocage de l'expansion vers l'avant. Il suffisait de s'approcher, au plus près, jusqu'à faire croire aux danseurs qu'on allait les toucher : audace sacrilège sans doute, mais qu'il suffisait de suggérer. Plus prosaïquement : un danseur qui sent, à la suite d'une erreur de trajectoire, que son mouvement risque de heurter une cloison est déstabilisé. Il doit reprendre ses marques. Ici, c'est le mur qui s'est approché, ce n'était pas prévu et ils sont redevenus ce qu'ils sont à ce moment : de simples et beaux danseurs.

2° Blocage de l'expansion vers le haut. Reconvertir le fléchissement des genoux en abaissement. Comment ? En n'ajustant pas le regard sur l'horizontale du vis-à-vis, mais en restant debout, de telle sorte que les regards se croisent sur une ligne oblique de haut (Bleu) en bas (Black). Les toiser, tout simplement. Facile, puisqu'ils s'accroupissent presque ! Mais cela ne pouvait se faire que de près : souriez, on vous regarde, on vous trouve beaux, mais pour le sublime vous repasserez. C'est une variante de la fameuse figure du silence d'Ajax lorsque Achille vient lui parler sur le seuil des Enfers.

3° Déviation de l'espace héraldique, entièrement capté d'ordinaire par la puissance de la danse: en principe les spectateurs n'auraient dû avoir d'yeux que pour les danseurs. Et là ce fut la bonne idée des couleurs : dévier le regard du spectateur, l'obliger à se partager entre les deux équipes par l'exhibition de couleurs flamboyantes autant que symboliques - bleu blanc rouge - exhibition d'autant plus remarquée qu'on n'était pas en France ! "nous sommes visibles, nous portons nos couleurs, ce moment nous appartient autant qu'à vous". Ajoutons à cela la neutralisation du noir en gris (la guéguerre du maillot) : les Furies (je parle de celles qu'on a dans la tête) n'ont pas pu déployer complètement leurs ailes.

Il restait, pour soutenir cette opération de reconversion esthétique, et pour qu'elle ne sombre pas elle-même dans le dérisoire, à jouer un match digne de ce moment de désamorçage. Il restait à faire le plus gros! Mais la lucidité et l'à-propos sont précieux, même dans les petites choses.

1 - Voir aussi la photo sur le site de Sport365, avec un article de J. F. Paturaud. 

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Au seul bruit de ton nom, doit-on trembler d'effroi ?

Au seul bruit de ton nom, doit-on trembler d'effroi ?
Ils l'ont fait
!

  par Mezetulle

La guéguerre du maillot n'était pas une futilité : elle a révélé une mentalité black superstitieuse, regardante sur l'extériorité, petite faille morale.... Ensuite, en avant-match, le regard et l'approche "au plus près" ont ramené le haka à ce qu'il est : au mieux une admirable danse rituelle de bien meilleur niveau que celle des pom pom girls, au pire une gesticulation d'intimidation. Il ne fallait lâcher sur rien. Ni sur les principes, ni sur la conviction que personne n'est invincible. Et jouer, jouer son meilleur rugby, n'être jamais au-dessous de soi-même ; comme dirait Descartes, (réapproprié par La Choule) : jusqu'au bout, sans jamais croire que c'est perdu, sans jamais croire que c'est gagné.

C'est fait. Ils l'ont fait. Les Bleus ont battu les Blacks sur la pelouse de Cardiff. Bravo bravo bravo.

Je passe la parole à Corneille, en traficotant un peu le texte...

BLACK
Sais-tu bien qui je suis ? (Ici : haka prolongé avec beaucoup de gesticulations)

BLEU                            
                                  Oui, tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'effroi
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur,
Mais j'aurai trop de force, ayant assez de coeur.
A qui soutient haka il n'est rien d'impossible;
Ton bras est invaincu, mais n'est pas invincible.

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mardi, 02 octobre 2007

Fatalisme ou philosophie : Descartes c'est bon pour le moral !

Fatalisme ou philosophie. Descartes, c'est bon pour le moral!

 par Mezetulle

Fatalisme ou philosophie ? 

Il est clair que le OU est exclusif : on ne peut pas être à la fois fataliste et philosophe, comme le suggère pourtant un sous-titre lu dans Rugbyrama  le soir du 30 septembre.

Le fatalisme, c'est s'en remettre entièrement à ce qui ne dépend pas de soi (la "fortune" des Anciens), c'est encore abdiquer toute analyse, toute connaissance, toute force, toute excellence. Etre fataliste, c'est croire que ce qui arrive devait arriver quoi qu'on fasse, quelles que soient les circonstances, au mépris de la liaison des causes et des effets ; par exemple, si je dois mourir empoisonnée par les champignons, je mourrai ainsi même si ne n'absorbe aucun champignon, ce qui est absurde.

Une équipe de rugby fataliste, ce serait une équipe qui ne se prépare pas, qui ne travaille pas, qui n'analyse pas les situations, qui croit simplement qu'elle va perdre ou qu'elle va gagner, sans raison, parce que "c'est écrit". Une telle équipe n'existe pas. Donc les Bleus ne peuvent pas être fatalistes.

Ils peuvent et doivent en revanche "prendre les choses avec philosophie" - ce qui est tout le contraire du défaitisme. Alors maintenant, on va, selon l'expression de Lio, "passer la surmultipliée" et se tourner ver le le plus sport, le plus classe, le plus mousquetaire des grands philosophes qui ont expliqué ça - et comme en plus c'est un grand écrivain français, ça va être un plaisir. Tenez-vous bien, ça décoiffe.

 

Le cycle des gonflés et des dégonflés

La pire chose qui puisse arriver à un être humain, précise Descartes dans son traité des Passions de l'âme et sa correspondance avec Elisabeth de Bohême, c'est de se livrer à ce qui ne dépend pas de lui. Bien sûr il arrive tout le temps dans la vie qu'on soit accablé par des circonstances qu'on n'a pas choisies : se casser une jambe alors qu'on n'a pris aucun risque, recevoir une crotte de pigeon sur la tête, avoir laissé son parapluie à la maison parce que la météo a annoncé du beau temps et qu'ils se sont gourrés, aller à Cardiff, rencontrer les All Blacks un peu plus tôt qu'on ne l'avait espéré...  

Mais une chose est de considérer cette extériorité comme une poisse, de l'intérioriser, de s'en affecter, de s'y jeter à corps perdu et d'en faire un objet de fascination de telle sorte qu'on s'oublie soi-même, une autre est de la regarder comme purement extérieure, comme une donnée d'un problème à traiter afin de se reconcentrer sur soi-même, de se fixer sur ses points forts afin que l'âme puisse "combattre avec ses propres armes" :

"Ce que je nomme ses propres armes sont des jugements fermes et déterminés touchant la connaissance du bien et du mal, suivant lesquels elle [l'âme] a résolu de conduire les actions de sa vie ; et les âmes les plus faibles de toutes sont celles dont la volonté ne se détermine point ainsi à suivre certains jugements, mais se laisse continuellement emporter aux passions présentes, lesquelles, étant souvent contraires les unes aux autres, la tirent tour à tour à leur parti et, l'employant à combattre contre elle-même, mettent l'âme au plus déplorable état qu'elle puisse être." (article 48)


Avec cela, Descartes décrit aussi bien les déprimés que les exaltés : ce sont les mêmes qui se gonflent lorsque l'extériorité leur sourit et qui se dégonflent lorsqu'elle leur est contraire... comme si ça venait d'eux. Cela nous vaut un magnifique et féroce portrait des maniaco-dépressifs cycliques. Le cycle est celui de l'orgueil et de l'humilité vicieuse  - avoir tantôt bonne tantôt mauvaise opinion de soi sur des motifs extérieurs. Par exemple je me trouve belle, oui, mais comme dit la chanson "si tu crois fillette qu'ça va qu'ça va qu'ça / va durer toujours /ce que tu te gourres ce que tu te gourres". Revenons de Queneau à Descartes :

"Pour la bassesse ou l'humilité vicieuse, elle consiste principalement en ce qu'on se sent faible ou peu résolu, et que, comme si on n'avait pas l'usage entier de son libre arbitre, on ne peut s'empêcher de faire des choses dont on sait qu'on s'en repentira par après ; puis aussi en ce qu'on croit ne pouvoir subsister par soi-même ni se passer de plusieurs choses dont l'acquisition dépend d'autrui. Ainsi elle est directement opposée à la générosité ; et il arrive souvent que ceux qui ont l'esprit le plus bas sont les plus arrogants et superbes, en même façon que les plus généreux sont les plus modestes et les plus humbles. Mais, au lieu que ceux qui ont l'esprit fort et généreux ne changent point d'humeur pour les prospérités ou adversités qui leur arrivent, ceux qui l'ont faible et abject ne sont conduits que par la fortune, et la prospérité ne les enfle pas moins que l'adversité les rend humbles. Même on voit souvent qu'ils s'abaissent honteusement auprès de ceux dont ils attendent quelque profit ou craignent quelque mal, et qu'au même temps ils s'élèvent insolemment au-dessus de ceux desquels ils n'espèrent ou ne craignent aucune chose. " (art. 159)

 

 Générosité et modestie : ne pas s'oublier soi-même

On en revient donc à la connaissance parce que "ce sont ceux qui se connaissent le moins qui sont le plus sujets à s'enorgueillir et à s'humilier plus qu'ils ne doivent, à cause que tout ce qui leur arrive de nouveau les surprend et fait que, se l'attribuant à eux-mêmes, ils s'admirent, et qu'ils s'estiment ou se méprisent selon qu'ils jugent  que ce qui leur arrive est à leur avantage ou n'y est pas." (art. 160)

Au contraire, le "généreux" est à la fois digne et modeste, à la fois sûr de lui et défiant de lui-même, sûr de lui parce que défiant de lui : il sait que sa force existe, qu'elle peut lui manquer, il sait que des choses contraires peuvent l'entraver, que des choses favorables peuvent le "gonfler", mais il ne confond jamais ce qui vient de lui, dont il est l'auteur, et ce qui vient d'autrui ou des choses qui lui sont extérieures. Il "subsiste par lui-même".

Belle leçon à la fois de modestie et de concentration sur soi, qui instaure d'ailleurs, si on y réfléchit bien, une profonde égalité entre les hommes. Elle n'est pas seulement à rappeler pour un match à Cardiff contre les "redoutables" All Blacks (qui ne sont pas des extra-terrestres : ils méritent autant de considération que d'autres, mais pas plus... et pas moins), elle est à l'ordre de tous les jours, pour tout le monde.
Ne jamais croire que c'est perdu. Ne jamais croire que c'est gagné.

Alors oui, mais vous allez me dire : ils vont à Cardiff par leur propre faute, à cause du match perdu contre l'Argentine.
Je suis allée poser la question à Descartes : qu'est-ce qu'on fait quand on a commis une erreur, quand on pense qu'on a été au-dessous de ce qu'on pouvait être ?
Il m'a répondu, très simplement : il n'y a rien de plus triste que les regrets et les repentirs, tout ce qui t'enlève de la force est mauvais car tu continues à être au-dessous de toi-même ; on corrige si c'est possible, sinon on arrête d'y penser, et de toute façon on prend la résolution de faire ici et maintenant ce qu'on peut faire de mieux .

Ne jamais croire que c'est perdu, ne jamais croire que c'est gagné, ne jamais être au-dessous de soi même.
Comme ce cavalier "qui partit d'un si bon pas".

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