dimanche, 06 avril 2008

La force de la joie intérieure (Toulouse-Cardiff)

La force de la joie intérieure. Toulouse-Cardiff 6 avril 08

par Mezetulle

Tout a réussi aux rouges de Toulouse dans ce match au rythme époustouflant qui est parvenu étonnamment à briser des Gallois pourtant jusqu'alors infatigables. A partir de la 70e minute (4e essai toulousain, marqué au milieu des poteaux en marchant comme les deux précédents... et transformé), les diables de Cardiff ont presque souri en gesticulant leur impuissance. Et la victoire toulousaine pourtant déjà assurée ne fut pas bétonnée par une classique "mise au chaud" de soigneux pick and go attendant la délivrance de la sirène, mais au contraire ponctuée en gerbe de feu d'artifice sur un tempo de French Cancan par l'exultation d'un drop final.

medium_ToulouseCardiff8avr08.jpgTout leur a réussi, non pas jusqu'à leurs fautes, mais jusqu'à leur absence de peur de commettre des fautes... Cette absence de peur, lorsqu'elle est soutenue par une véritable valeur, par un travail acharné, par une maîtrise technique, n'est pas de l'outrecuidance, ni même de la témérité car elle n'a rien à voir avec le courage : c'est une assurance, une sorte de jubilation de soi-même qui se transforme en allégresse sur le terrain et qui balaie tout devant elle, adversaires, choses et vents contraires. Cela ressemble à de la chance, mais une chance qu'on a méritée et qu'on a su capter au bon moment.

Et même aussi j'ose croire que la joie intérieure a quelque secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. Je ne voudrais pas écrire ceci à des personnes qui auraient l'esprit faible, de peur de les induire à quelque superstition [...].  Mais, touchant les actions importantes de la vie, lorsqu'elles se rencontrent si douteuses que la prudence ne peut enseigner ce qu'on doit faire, il me semble qu'on a grande raison de suivre le conseil de son génie, et qu'il est utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance, et avec la liberté qui accompagne d'ordinaire la joie, ne manqueront pas de nous bien réussir.
Descartes, Lettre à Elisabeth, novembre 1646

Et quand on a su cultiver son génie propre, cette manière Champagne et jubilatoire, jusqu'au sommet de l'excellence, on peut aller sans répugnance à Twickenham.

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mardi, 18 décembre 2007

Cognac ou whisky

Cognac ou whisky il faut choisir.
Une arrivée à la 63e

par Mezetulle

Une très belle virée offerte par mes anciens étudiants nous a menés près de Cognac, dans un hôtel-château sur les bords de la Charente, avec medium_16122007_001_.jpgcognathèque (voir aperçu sur la photo), et tout ce qu'il faut... même en hiver la piscine a de l'allure avec son couvercle gelé ponctué de feuilles mortes. medium_16122007_003_.jpg

Quand même on ne va pas regarder la télé alors qu'un dîner gastronomique nous attend. Allez, je déserte les écrans du week-end pour un cocktail au Cognac, une barre de foie gras au Pineau, un soufflé au chocolat (flambé évidemment). Deuxième soir, on essaie cette fois le consommé potimarron avec huître chaude, le pigonneau laqué (mmm il n'y aurait pas encore un peu de Pineau là-dedans ?), les mignardises.

Tout ça pendant que le Stade français prend une raclée à Cardiff... et que Bourgoin s'éloigne aussi dans le brouillard. Il fallait vraiment que ce soit très bon pour se détourner de ces désastres obscurs. Je ne vous raconte pas le circuit du vignoble, le carton précieux imprégné d'effluves savantes chargé précautionneusement dans la voiture, les bords glacés de la Charente et l'inévitable crochet par Royan rien que pour voir l'océan et déguster quelques Marennes... Très classique tout ça, mais le classique... c'est chic.

Dimanche, on rejoint l'Ariège, via Agen et Toulouse : quel circuit ! traversée de l'Ovalie parfaite vers l'Ovalie plus-que-parfaite. Au passage de Toulouse, il est à peine 16h, et un brouillard à couper au couteau - vont-ils seulement voir les transformations ? On arrive à la maison, et là, les pieds dans les valises, le carton de Cognac délicatement déposé au milieu de la cuisine, vite vite allume la télé, le match Toulouse-Leicester n'est pas fini. Mais non il n'est pas fini. Juste pour la 63e minute : essai de Clerc! ça ne pouvait pas être autrement : à Leicester, ils ont aussi du brouillard, mais ils n'ont pas de cognac.

Après ce que j'ai goûté, après ce que j'ai vu, après ces sommets de haute culture, il faut de toute nécessité prendre une très bonne résolution à appliquer sans attendre 2008 : j'abandonne le whisky pour le cognac. Allez, un peu d'armagnac sera aussi bienvenu, rien que pour parfaire l'Ovalie.

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dimanche, 09 décembre 2007

Wet wet wet

Wet wet wet...

 par Mezetulle

Plus qu'humide, diluvien : le temps des savonnettes, des glissades et des tirs rabattus par le vent est arrivé et assaisonne copieusement les pelouses de la Coupe d'Europe de sa sauce lourde et froide... Bourgoin a bu cette tasse vendredi soir jusqu'à la lie, le nez dans la boue, pataugeant contre un Gloucester amphibie qui marchait sur l'eau, et qui faisait plus que flotter... Toulouse, plus glorieux même dans la défaite finale contre Leicester, a payé bien cher le déluge qui tirait un rideau de pluie sur l'envie du beau jeu.

Et le Stade français cet après-midi à Jean Bouin face à Cardiff a bien failli passer à la lessiveuse, bien dégoulinante, bien savonneuse. Et dire que je me suis permis, le derrière vissé sur mon canapé bien sec, de pester vulgairement contre Skrela qui ratait une pénalité contre le vent... ! Il faut que je fasse amende honorable : c'est lui qui, par un plaquage à la fois rouleau compresseur et tire-bouchon, a ensuite sauvé le match qui était à la merci, depuis de longues minutes, d'une équipe galloise campant à quelques centimètres de la ligne d'en-but rose... Oui on peut gagner (ou plutôt ne pas perdre) un match grâce à un plaquage. Allez, ça vaut bien une pluie de coeurs roses...

Ouf, mais quand même, les Britanniques nous surnomment les Frogs. Des grenouilles, ça devrait pouvoir attraper et aplatir un ballon mouillé et surfer sur une pelouse saturée d'eau, non ? Bien sûr, même que les grenouilles ce week-end sont jaunes (Clermont-Wasps 37-27), sauf qu'à Clermont, il ne pleuvait pas tant que ça... Pour récolter quelques palmes, il va falloir mettre les palmes.

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lundi, 19 novembre 2007

Club français cherchent recette de mayonnaise

Clubs français cherchent recette de mayonnaise

 

En lisant le billet précédent, vous avez cru que je retournais ma veste rose ? Il m'a semblé bien normal de ressortir mesmedium_ToulouseLeinsterEssai.jpg accessoires de fête pour célébrer cette magnifique victoire de Toulouse sur Leinster hier soir, et surtout pour signaler un match très différent des trois autres que j'ai vus ce week-end engageant des clubs français en Coupe d'Europe.

J'ai vu Biarritz-Saracens, Stade français-Bristol, Clermont-Munster. Le point commun c'est à mon avis que les clubs français ne sont pas encore bien "dans le coup", qu'ils ont besoin d'un petit tour de chauffe pour entrer vraiment dans cette compétition, et après tout rien d'étonnant ni de très très alarmant. On voit d'excellents joueurs, de très bonnes intentions, beaucoup de courage, mais ça manque de réglage, d'huile dans les rouages : la mayonnaise n'est pas prise. Question de mise au point, de technique collective.

J'excepte le match Bourgoin-Ulster, que je n'ai pas vu. Pour mes chouchous du Stade français, les choses sont un peu plus inquiétantes, l'infirmerie ne faisant que se remplir, Skrela et Fillol ayant leurs "jours" bons... et moins bons - en revanche je suis impressionnée par la régularité de Jeanjean. Rien qu'en voyant la tronche de Fabien Galthié dans les tribunes, je crois que je ne suis pas très loin du vrai... en ce moment la mayonnaise tourne... espérons que c'est uniquement faute d'ingrédients disponibles.

Voilà dans quel état d'esprit nous (1) allumons la télé hier soir, drapeau rose en berne, un peu dans la déprime et dans la brume d'une grippe tenace (à peine secourue par le mouchoir rouge et noir que Benoît annonçait sur un commentairemedium_ToulouseLeinster.jpg injustement dépressif)  : allez on va quand même regarder au moins le début, on se rabattra sur un film si (ou dès que) ça tourne mal... Et voilà que dès l'entame, c'est une impression totalement différente : une équipe toulousaine non seulement composée de grands joueurs, non seulement pleine d'envie et d'allant, mais parfaitement au point, une mécanique qui tourne à toute vitesse et qui envoie un jeu magnifique. Même si ce n'est pas très efficace en première mi-temps, on se dit que forcément ça paiera, on est au rugby il n'y a pas de fatalité, ce sont les forces et les habiletés qui décident ... et le résultat final est là, logique, reflétant rationnellement une parfaite homogénéité, homogénéité qu'on a pu mesurer par les changements de joueurs en seconde période : c'est tout juste si je me suis rendu compte que Kelleher avait remplacé Elissalde...!

Alors même si la Coupe d'Europe n'est pas encore partie vers Toulouse, c'est vers le Stade toulousain que, me medium_Mayonnaise_DC_t.jpgsemble-t-il, les clubs français doivent porter leurs regards pour reprendre en main la recette de la bonne mayonnaise. Certes ça ne vide pas une infirmerie trop bien garnie, mais ça permet de ne pas oublier que le rugby est un sport fondamentalement collectif : un art de faire la mayonnaise, de réussir l'homogénéité et la fermeté d'une émulsion. Pour cela les bons ingrédients sont nécessaires mais pas suffisants, il faut un tour de main sans fébrilité, et un peu de temps.

C'est Greg qui va être content : parce que la mayonnaise d'ordinaire est jaune ! Mais il existe aussi des recettes de mayonnaise rose. Et même celles qui tournent, on peut toujours les rattraper.

(1) Nous c'est-à-dire mon mari Jean-Marie et moi. Dans un grand élan, JM a eu la bonne idée de souscrire abonnement à Canal +. Je crois qu'il ne s'est pas très bien rendu compte qu'il s'exposait à subir une moyenne de 3 matches par week-end. Si à cela on ajoute l'opéra (autre "sport sanguinaire"), et la danse contemporaine (autre "sport de corps à corps") c'est dur... Euh, je dois ajouter pour être complètement exacte qu'il a un petit faible pour le Stade toulousain.. donc en ce moment tout baigne (dans l'huile de mayonnaise bien sûr!).

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dimanche, 18 novembre 2007

Soirée rose (clair)

Soirée rose (clair)

  par Mezetulle

Pas besoin de concepts tordus pour ce que je viens de voir ce soir : un vrai gagnant !

Une journée commencée sous la pluie de Bristol saupoudrant les maillots bien ternes du Stade français, plombée par le brouillard irlandais du match Munster-Clermont, se termine en apothéose de feu d'artifice rose clair avec la superbe victoire de Toulouse sur Leinster... 33 à 6.

Rose comme le maillot. Clerc comme le joueur qui offre, avec un 4e essai, le bonus offensif au Stade toulousain... (je n'ai pas trouvé le bon numéro, mais le nuage me semble adéquat, non ?)

Comme dans mon magasin j'ai quelques accessoires roses que je n'arrive décidément pas à faire virer au cacadoie, ça me fait une bonne occase pour recycler mes pom pom girls qui commençaient à s'assoupir.

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Le concept de "non-perdant"

Le concept de "non-perdant"

par Mezetulle

Palme décernée à Patrice Lagisquet pour un bel euphémisme plein d'ironie entendu ce matin à France-Info.

Interrogé au sujet des matches peu convaincants qui ont finalement vu la "victoire" du Biarritz Olympique contre Brive (en Top 14) le 2 novembre par 7 à 12 et contre le club anglais des Saracens (en Coupe d'Europe) hier par 21 à 22 - matches remportés principalement par les pénalités tirées par Dimitri Yachvili, et où on a vu, malgré de très beaux déploiements et une grosse "envie", des cafouillages, de nombreuses passes approximatives - , il a en effet déclaré férocement medium_006-banderole3-112.jpg:

"On continue à ne pas perdre." 

C'est exactement ça. On aurait presque cru qu'il parlait d'un club de foot... où on peut aller très loin comme ça. Et d'ajouter, rassurant, sur le site du BO : "là, on n'a pas encore la bonne carburation". 

Le site du BO possède une rubrique "les bons mots"... mais je n'y ai pas trouvé (encore) celui-ci. 

Quant à mes chouchous du Stade français, pas besoin d'inventer un concept pour eux : ils viennent de perdre dans les grandes largeurs contre Bristol 17 à zéro. Perdant, carrément, même pas "non-gagnant" : au diable la litote, restons classique !!!

PS. Greg, je n'ai pas trouvé de mouchoir jaune pour Clermont, "non-gagnant" contre Munster, mon mouchoir rose, ça ira ? 

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dimanche, 11 novembre 2007

H Cup : un diable de début

Coupe d'Europe : un diable de début !

  par Mezetulle

Après un début de Top 14 qui renoue avec un rugby de mouvement, le rugby alerte, dégagé, risqué et plein de bulles se libère davantage encore dans ce début de H Cup sur les chapeaux de roue. 

medium_Arlequin.jpgJe viens de voir deux matches.

Hier Stade français - Harlequins, d'un grand classicisme, avec un Skrela décidément bien inspiré et des essais d'anthologie - mais oui Christophe, tu as les cannes ! Les cacadoie ont réussi à conjurer le syndrome infirmerie+congés. De nouveau en phase avec la devise parisienne, puisant des ressources dans une réserve absente... et faisant plus que ne pas sombrer, réduisant les Harlequins en pièces. Le plus drôle c'est la petite moue distanciée de Fabien Galthié au moment de la victoire (37-17) : allez Fabien, retiens-toi de sourire, des fois qu'on voie que tu es content !!! 

Mais aujourd'hui, on est passé du beau au sublime avec la rencontre Clermont - Llanelli, remportée haut la main par les jaunes (48-21). Un match totalement fou, endiablé, époustouflant, avec des passes, des renversements et des relances à n'en plus medium_Diable_rouge.jpgfinir, on en chavirait sur son fauteuil devant la télé ! Avec un truc que je n'ai encore jamais vu : on a même carrément joué dans l'en-but en fin de première mi-temps ! Ils sont fous ces Gallois. Et les jaunes qui en entame de 2e mi-temps s'essayent raisonnablement à "gérer" un score somme toute confortable : ils prennent deux essais en quelques minutes. Il a fallu remonter bien vite la mécanique et passer à la seule défense efficace: l'attaque incessante ! La cerise sur le gâteau c'est que cette folie n'avait rien à voir avec de l'agitation: très peu de pénalités ont été sifflées.

Voilà ce qu'on aurait aimé voir chez les Bleus face à l'Argentine et à l'Angleterre : la capacité à adapter sa stratégie dont a fait preuve Clermont cet après-midi (mais encore faut-il avoir plusieurs stratégies pour faire cela!) et la versatilité positive de Paris, cette aptitude cartésienne à trouver encore quelque chose à gratter au fond d'un tiroir qu'on pouvait croire vide ! 

PS. Pour voir des photos du match Clermont-LLanelli, allez sur le blog de Greg

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lundi, 22 octobre 2007

Bilan rugby bling bling

Bilan rugby bling bling

par Mezetulle

"La Coupe du monde de rugby : une bonne affaire commerciale". Tel est le titre de l'enquête de Vincent Pellegrini et Sébastien Paour diffusée le 22 octobre sur France-Info.

Selon cette enquête, l'IRB dégagerait un bénéfice de 180 millions d'Euros pour cette Coupe du Monde 2007. C'est formidable, ça atteint le niveau du tournoi de Roland Garros. Et puis, il y a les fameuses "retombées", etc. Tout baigne.

La fin de la chronique fait entendre un son de cloche moins sonnant et plutôt trébuchant : c'est que justement il y aurait des cloches dans cette opération, ou plutôt des pigeons. Le montant des investissements consentis par les villes hôtes pour l'accueil des équipes et les frais afférents n'est pas connu. Explication : l'opération serait tellement déficitaire pour les finances publiques que les municipalités préfèrent mettre la sourdine en période électorale. Et la chronique de se terminer perfidement sur les statuts de l'IRB qui affichent ouvertement l'objectif de "maximiser" les recettes... comme l'aurait probablement voulu Pierre de Coubertin....

Je fais état de ça, mais je ne suis pas tellement inquiète : sûrement que l'IRB va piocher dans ses bénéfices pour venir au secours du contribuable français en prenant en charge une partie substantielle des frais d'accueil, non? 

J'ai encore tout faux là ?

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mercredi, 12 septembre 2007

Illuminations ou lucidité?

Illuminations ou lucidité ?

 par Mezetulle

Invitée lundi soir à la projection du film La danse, l'art de la rencontre de Dominique Hervieu (1) au Théâtre National de Chaillot, je n'ai pas manqué en sortant du coquetelle d'aller sur l'esplanade voir de près la Tour Eiffel dans ses atours de Coupe du monde, en train de couver son gros oeuf ovale entre le 1er et le 2e étage.

Dès que le jour baisse, la Tour Eiffel s'illumine. Elle scintille pendant dix minutes à chaque heure pour reprendre pendant les 50 minutes restantes son illumination fixe. La nouveauté ici, à part le ballon suspendu et l'écran d'annonce accroché au premier étage, c'est l'éclairage vert des deux premiers niveaux. Très visible et assez spectaculaire de près, mais de loin ce n'est pas ça : on a l'impression qu'elle a perdu sa base... pas très heureux pour un sport où les appuis sont primordiaux !

J'avais d'abord mis seulement la version scintillante. Mais j'ai décidé de vous montrer aussi la version fixe : ça prouve que, même après un coquetelle où je n'ai pas bu que du jus de fruit, ma main sait encore rester ferme ! 

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Et en descendant dans le métro pour rentrer chez moi, je tombe sur cette affiche publicitaire pour Courrier international. Si vous regardez bien le texte, vous pourrez voir qu'une main malicieuse a griffonné en noir (juste sur le haut du crâne du joueur cravaté) deux petites lettres supplémentaires qui changent tout et dont je vous laisse apprécier la pertinence après le match d'ouverture :

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La composition de l'équipe de France pour dimanche vient d'être annoncée. Une illumination ? Fixe ou pas, espérons que non, car les feux s'éteignent toujours: je préfère nettement la lucidité...

1 - Film diffusé samedi 15 septembre à 22h30 sur Arte. Même pas en concurrence avec Irlande-Géorgie qui commence à 21h...

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mardi, 22 mai 2007

Guêpes, tigres et semis de fleurs

Guêpes, tigres et semis de fleurs qui flottent sans sombrer (ou le maillot rayé)

par Mezetulle

Partagée entre deux beaux succès à célébrer en ce moment (1), je laisse à Greg le plaisir entier de saluer le magnifique parcours de Clermont, à présent en 3e position du Top 14, et je commencerai par "le jour de gloire de Raphaël Ibanez" avec les Wasps, remportant la Coupe d'Europe sur le favori Leicester, ce qui lui vaut un trois quarts de page du Midi Olympique, noir sur jaune, sans parler de la page-titre.medium_Wasps.jpg

medium_guêpe.jpgGuêpes (wasps) contre tigres : c'est finalement la piqûre qui l'a emporté, sur un terrain où tous ces drôles de zèbres continuent à s'inscrire dans l'histoire longue et sulfureuse de la rayure, via un bestiaire qui a gardé tout son venin. Brillamment, certes mais peut-être un peu trop discrètement : car ces très piquantes guêpes n'affichent la couleur que rarement et la plupart du temps sur leur chaussettes, le reste de la tenue demeurant dans le sobre et très classique noir uni.

Il est vrai que la rayure, pourtant traditionnellement et abondamment portée jadis sur les terrains de rugby, n'a pas très bonne presse et qu'elle tend de plus en plus à disparaître du design branché qui submerge les stades. Fondamentalement ambivalente car elle n'est pas une forme tracée sur un fond mais une structure, brouillant medium_Rayure.jpgl'ordre chromatique, priorité indiscrète qui tape fort à l'oeil, marque infamante qui frappe ceux qui sont hors de l'ordre (criminels, valets, satimbanques) mais aussi barrière qui fait obstacle à l'impureté ou à la transgression (toiles de plage et de boucherie, costumes de bains d'autrefois, passages pour piétons et chantiers d'aujourd'hui), comble de la vulgarité (chemises des frères Dalton et autres costards maffieux à grosses rayures contrastées) ou du raffinement (fines rayures ton sur ton rendues célèbres par l'habit de l'Incorruptible), cette étrange partition du visible barre de moins en moins de sa fulgurance inquiétante les terrains de sport.

Dans son livre passionnant L'étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés (Paris : Seuil, 1991), Michel Pastoureau retrace l'histoire de cette ambivalence dont je viens de rappeler quelques éléments. S'agissant du maillot sportif, il renvoie à la thèse du sport-spectacle : à ses yeux, le sportif, "grand utilisateur de rayures" estmedium_Grobety2.jpg

"un drôle de zèbre qui se situe sur les marges de la société où il retrouve le clown, le saltimbanque, l'homme de théâtre et tous ceux qui se donnent en spectacle. Le port de tenues rayées sur les terrains de sport peut donc être pris sinon comme une marque d'exclusion, du moins comme un écart et un déguisement. Par bien des aspects, le sportif est l'histrion des temps modernes" (p. 127-128).


Il poursuit le chapitre intitulé "la rayure sportive" en évoquant aussi la connotation évidemment héraldique de la rayure pour certains clubs, et soulève la question de sa désaffection notamment sur les maillots des arbitres de foot et de rugby où elle était pourtant naguère de rigueur.

Or, comme je l'ai fait remarquer, cette désaffection s'étend bien au-delà puisque même quand on s'appelle les Wasps, on n'ose "l'étoffe du diable" qu'en subalterne rappel de chaussette. Et même quand on peut s'enorgueillir d'un blason mythique dont on raconte qu'il fut donné par Charles le Chauve à la Catalogne, on en estompe la structure pour n'enmedium_PerpiBlason.jpg garder que les couleurs : le maillot de Perpignan, comme bien d'autres, délaisse sa présentation héraldique pour en décliner les teintes selon le design d'une marque sponsor. Les sponsors et équipementiers, tels sont les nouveaux hérauts qui frappent de leurs symboles (pumas, virgules et - ah tout de même - 3 célèbres "stripes" qu'Adidas s'évertue du reste à déstructurer au plus loin de la rayure) la livrée du rugbyman. Devant la toute-puissance de la marque et de son équipe de designers, la rayure, trop voyante, trop rigide, trop impérieuse, trop jalouse du regard dont elle s'empare, est priée de mettre une sourdine et le sportif de rentrer dans le rang commercial pour passer dans un vestiaire plus chic et surtout plus juteux.

Et là vous me voyez venir, je vais terminer par un éloge (ambivalent et angoissé) de mon chouchou le Stade français : c'est vraiment génial d'avoir trouvé l'absolu contraire de la rayure, l'absolu contraire de la frappe héraldique en bandes, medium_MaillotSFemme.jpgbarres, faisceaux et autres partitions viriles.... pour taper dans l'oeil avec un uni rose féminin qui se vend très très bien (voyez sur ce blog la tronche de La Choule), discrètement zébré (mais pas rayé) de trois éclairs bleus. Il ne manquait plus que la fleur de lys en semis marial : eh bien ils ont osé! (c'est pour ça sans doute qu'ils méritent de jouer à Saint-Denis, au pied du sépulcre royal?).medium_ParisBlason.2.jpg

Mais heureusement ils n'ont pas oublié, en rappel et en alternance, le bleu et rouge du Fluctuat nec mergitur : c'est tout ce que je leur souhaite, de flotter, au bord du naufrage, et de surnager en haut du Top 14 (mais ça va être dur, surtout devant la marée basque de mon autre chouchou Serge !).

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1 - Euh, enfin trois car La Choule est promue "coup de coeur" des blogs Paramourdurugby ce matin, mais effleurons seulement le sujet en modeste note de bas de page : j'ai déjà la grosse tête ; je suis au bord de l'explosion rien qu'à lire l'article Rugbyphilo de Lio, et le coma éthylique me guette au parfum des fleurs qui remplissent les coms de La Choule en ce moment...

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