dimanche, 06 janvier 2008

A coeur ovale, le rugby du commencement

Le rugby du commencement : A Coeur ovale, de Christian Jean et Thomas Bianchin (1)

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Des marmousets cramponnés, crottés jusqu'aux yeux et habillés en clown Auguste... Ils ont la peur et la gloire au ventre. Les matins acides de matches, ils s'arrachent à leurs peluches douillettes pour être des héros tremblants, pour entrer dans des vestiaires rudes et chaleureux, pour avaler ce qui ne passe pas. Ce qu'ils redoutent le plus est aussi ce qu'ils désirent le plus.

Au coeur de ce magnifique coeur ovale, le rugby des cours de récréation, des cartables "bourrés de coups de poing" comme disait Nougaro et transformés en gonfles, enchante le lecteur.

Rugby des origines bien sûr, fait d'anecdotes, de souvenirs d'enfance et de jeunesse, de Grenoblemedium_acoeurovale_33_.jpg à Pontarlier, d'Oyonnax à La Mure et à La Tour du Pin. Rugby alpin et jurassien frisquet, où la rosée et la sueur se confondent, où la mêlée fume encore plus que le brouillard, où la neige fondue sert de piste d'envol. Mais l'anecdote et le souvenir particulier, en devenant fables, se hissent (ou plutôt ramènent) à ce qui n'a ni date ni âge : on passe des origines au véritable commencement. La différence ? Les origines sont factuelles, elles vous tombent dessus, comme les fées et les sorcières penchées sur un berceau : on y est renvoyé sans cesse à ce que l'autre et l'extérieur ont choisi pour nous. Le commencement doit tout à lui-même, il n'emprunte rien qui ne lui soit essentiel et qu'il ne sache s'approprier. Le parcours qui mène des unes à l'autre s'appelle l'initiation.

Initiation à quoi au juste ? Au rugby certes, mais à travers lui au grand écart qui relie et dissocie à la fois le dérisoire et le sublime, la nullité crasse et les palmes qui vous transportent sur un nuage, le minuscule et le grandiose. Le droit de se sentir moche et superbe, déplacé, dérapant et assuré, animal stupide et homme virtuose, tué et tueur, n'est pas réductible à une psychologie en montagnes russes : c'est une nécessité à la fois poétique et vitale.

ça commence avec un mental de potache, de guerrier de cour d'école. C'est fait de gnons, de coups qui, dès ton enfance, font de toi un conquistador, un chef de meute, un bandit de vestiaire, un pendard de comptoir. (p. 57)

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En lisant les textes, en savourant les photos, on comprend aussi pourquoi le chasseur aime sa proie et quelle secrète connivence lie le matador au toro, quel amour fatal attire l'alpiniste vers les horribles cimes. A ceci près que la mort est ici mise à distance et reléguée là où elle est, à l'infini : son spectre une fois balayé, ne reste finalement que l'essentiel, le partage d'une même substance qui unit le plaqueur et le plaqué, le terrassé et l'aérien.

A ceux qui craignent que le rugby du commencement initiatique disparaisse, je proposerai une méditation sur cette photo intitulée "A tire d'ailes".

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ça ne vous dit rien ? Mais si bien sûr, on l'a déjà (pardon : toujours) vue. J'en avais sans le savoir publié la version qu'on pourrait appeler étourdiment "paillettes", disons colorisée, par le photographe Romain Perrocheau. Merci à Christian Jean et à Thomas Bianchin de l'avoir rappelée à son identité initiale, d'en avoir donné l'essence dramatique, en noir et blanc bien entendu.

1 - A Coeur ovale, par Christian Jean (textes) et Thomas Bianchin (photos), préfacé par Freddy Pepelnjak et Vincent Clerc, Grenoble : Cielstudio, 2006. Présentation du livre en ligne. Voir Esprit en mêlée le blog de Christian Jean, où quelques-uns des textes sont repris.

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jeudi, 30 août 2007

La Planète ovale de J-Y. Dhermain

Sur le livre de Jean-Yves Dhermain La Planète ovale. Dans les coulisses du rugby mondial
ou le Tableau historique des progrès du rugby

 par Mezetulle

Le livre porte bien son titre. Sous un aspect lisse - quoi de plus banal en apparence q'une série de monographies consacrées aux 20 meilleures équipes présentes lors de la Coupe du monde en France ? - et dans une écriture fluide qui enchaîne des récits assez alertes, l'ouvrage de Jean-Yves Dhermain La Planète ovale. Dans les coulisses du rugby mondial (Préface Serge Blanco, Tours, CLD éditions, 2007) aplatit le globe et rend une forme étrange à une planète dont la rotondité n'est pas sans accroc.

Bien sûr, et c'est la moindre des choses, on y trouvera l'histoire, souvent passionnante, des grandes formations nationales : de quoi satisfaire la vue somme toute restreinte de l'amateur traditionnel. Le moyen d'échapper à la énième célébration épique de Jean Prat et de Lucien Mias, à la poisse de medium_Dhermain.jpgWilkinson, aux mensurations de Lomu, à l'ubiquité foudroyante de Keithwood, au ballon dans le brouillard à Bristol en 1908 ? Du reste, pourquoi bouder son plaisir en retrouvant tous les hauts faits dont l'histoire se nourrit certes, mais dont elle se détache, comme un motif se détache sur un fond ?

Car on ne s'y trompera pas: l'auteur ne dessine pas une chanson de geste faite d'anecdotes transfigurées en mythes, mais un bougé planétaire dans lequel le rugby n'est pas simplement situé. Le rugby s'y voit au contraire promu en acteur de l'Histoire ("avec une grande hache" comme le dit Perec), théâtre et révélateur de combats - il mérite à ce titre le nom d'oeuvre.

L'oeuvre du rugby : dans ses démêlés avec lui-même, c'est l'histoire des progrès humains (laquelle suppose aussi l'immobilisme et la régression) qui se décline sur les grasses pelouses d'Angleterre, les grands espaces des haciendas argentines, les terrains pelés de quelques bidonvilles "là-bas, au bout du monde". Sur fond de conflits sociaux, on y voit des nations s'arc-bouter sur un intérêt de classe ou de "race" (ou même les deux à la fois), d'autres introduire une brèche laborieuse dans la forteresse aristocratique longtemps défendue par un purisme formaliste - sans lequel pourtant le rugby n'aurait ni règles ni "esprit". Ce sont des histoires croisées qui opposent étudiants de bonne famille et gueules noires, snobs des quartiers chics et paysans, propriétaires agricoles et journaliers, Anglo-saxons et Latins, Blancs et "Non-blancs", dynasties de terroirs et talents urbains déracinés. On y voit tour à tour le rugby détesté comme étendard d'une colonisation honnie et le rugby capté, adoré, retourné et brandi fièrement au nez de ceux mêmes qui l'avaient introduit comme une marque de propriété.

Tragique parfois, l'histoire peut aussi s'adoucir et prendre des airs de French cancan dans le comique aller-retour qui vit le rugby parisien snob s'étioler au profit du rugby d'Ovalie, puis revenir offrir aux jeunes urbains et au public féminin une scintillante carrrière rose fluo.

Mais s'opposer signifie aussi se mêler, s'imbriquer les uns dans les autres comme des teignes et comme des peignes, et aussi s'affronter à soi-même. Sont mis aux prises des hommes pétris de contradictions et de complexités, et non des rôles immuables assignés d'avance : ainsi on voit le paysan français, naguère symbole populaire, se transformer en conservateur dynastique haïssant la grande ville (et avec elle sa banlieue : où on va ?), le public irlandais interdisant le God save the Queen à Dublin et acclamant sur la même pelouse l'équipe de la Rose en 1972 au plus fort des années sanglantes, rien que parce qu'"ils étaient venus", la bourgeoisie galloise soutenir les Diables rouges qu'elle exploitait au même moment dans ses mines, et l'honneur de l'humanité déjà relevé, avant le célèbre maillot de Nelson Mandela frappé de l'antilope, par Morné Du Plessis en Afrique du Sud.

L'histoire a bien des points communs avec le rugby : son immanence et aussi sa dialectisation, sa sinuosité, une façon de forger l'Idée en passant par de petites choses, par des poussées et des reculades, une façon d'avancer non seulement malgré et à travers les obstacles mais aussi grâce à eux.

Le sens de l'histoire ne lui est pas donné a priori de l'extérieur ; il se forge dans les difficultés et l'opacité des choses particulières. Dhermain a eu la bonne idée de scander chaque étude par une interview avec un joueur. Loin de tirer l'ouvrage vers un ton "people", ces respirations scellent au contraire par de solides rivets l'enjeu décisif et planétaire du rugby. Tous les joueurs sollicités sont en effet des "transplantés" notoires, des voyageurs, des explorateurs, des expatriés d'un moment, représentant à la fois l'enracinement et le dépaysement, la tradition et l'innovation, le "maintenant" et le "jadis et naguère", l'ici et l'ailleurs, l'actuel et le révolu.

Avec Jean-Yves Dhermain, on souhaite que de prochaines Coupes du monde se dépaysent elles aussi, sortent du "village global" où quelques nations jalouses se défient en tournant en rond, et rendent la planète ovale.

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mardi, 22 mai 2007

Guêpes, tigres et semis de fleurs

Guêpes, tigres et semis de fleurs qui flottent sans sombrer (ou le maillot rayé)

par Mezetulle

Partagée entre deux beaux succès à célébrer en ce moment (1), je laisse à Greg le plaisir entier de saluer le magnifique parcours de Clermont, à présent en 3e position du Top 14, et je commencerai par "le jour de gloire de Raphaël Ibanez" avec les Wasps, remportant la Coupe d'Europe sur le favori Leicester, ce qui lui vaut un trois quarts de page du Midi Olympique, noir sur jaune, sans parler de la page-titre.medium_Wasps.jpg

medium_guêpe.jpgGuêpes (wasps) contre tigres : c'est finalement la piqûre qui l'a emporté, sur un terrain où tous ces drôles de zèbres continuent à s'inscrire dans l'histoire longue et sulfureuse de la rayure, via un bestiaire qui a gardé tout son venin. Brillamment, certes mais peut-être un peu trop discrètement : car ces très piquantes guêpes n'affichent la couleur que rarement et la plupart du temps sur leur chaussettes, le reste de la tenue demeurant dans le sobre et très classique noir uni.

Il est vrai que la rayure, pourtant traditionnellement et abondamment portée jadis sur les terrains de rugby, n'a pas très bonne presse et qu'elle tend de plus en plus à disparaître du design branché qui submerge les stades. Fondamentalement ambivalente car elle n'est pas une forme tracée sur un fond mais une structure, brouillant medium_Rayure.jpgl'ordre chromatique, priorité indiscrète qui tape fort à l'oeil, marque infamante qui frappe ceux qui sont hors de l'ordre (criminels, valets, satimbanques) mais aussi barrière qui fait obstacle à l'impureté ou à la transgression (toiles de plage et de boucherie, costumes de bains d'autrefois, passages pour piétons et chantiers d'aujourd'hui), comble de la vulgarité (chemises des frères Dalton et autres costards maffieux à grosses rayures contrastées) ou du raffinement (fines rayures ton sur ton rendues célèbres par l'habit de l'Incorruptible), cette étrange partition du visible barre de moins en moins de sa fulgurance inquiétante les terrains de sport.

Dans son livre passionnant L'étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés (Paris : Seuil, 1991), Michel Pastoureau retrace l'histoire de cette ambivalence dont je viens de rappeler quelques éléments. S'agissant du maillot sportif, il renvoie à la thèse du sport-spectacle : à ses yeux, le sportif, "grand utilisateur de rayures" estmedium_Grobety2.jpg

"un drôle de zèbre qui se situe sur les marges de la société où il retrouve le clown, le saltimbanque, l'homme de théâtre et tous ceux qui se donnent en spectacle. Le port de tenues rayées sur les terrains de sport peut donc être pris sinon comme une marque d'exclusion, du moins comme un écart et un déguisement. Par bien des aspects, le sportif est l'histrion des temps modernes" (p. 127-128).


Il poursuit le chapitre intitulé "la rayure sportive" en évoquant aussi la connotation évidemment héraldique de la rayure pour certains clubs, et soulève la question de sa désaffection notamment sur les maillots des arbitres de foot et de rugby où elle était pourtant naguère de rigueur.

Or, comme je l'ai fait remarquer, cette désaffection s'étend bien au-delà puisque même quand on s'appelle les Wasps, on n'ose "l'étoffe du diable" qu'en subalterne rappel de chaussette. Et même quand on peut s'enorgueillir d'un blason mythique dont on raconte qu'il fut donné par Charles le Chauve à la Catalogne, on en estompe la structure pour n'enmedium_PerpiBlason.jpg garder que les couleurs : le maillot de Perpignan, comme bien d'autres, délaisse sa présentation héraldique pour en décliner les teintes selon le design d'une marque sponsor. Les sponsors et équipementiers, tels sont les nouveaux hérauts qui frappent de leurs symboles (pumas, virgules et - ah tout de même - 3 célèbres "stripes" qu'Adidas s'évertue du reste à déstructurer au plus loin de la rayure) la livrée du rugbyman. Devant la toute-puissance de la marque et de son équipe de designers, la rayure, trop voyante, trop rigide, trop impérieuse, trop jalouse du regard dont elle s'empare, est priée de mettre une sourdine et le sportif de rentrer dans le rang commercial pour passer dans un vestiaire plus chic et surtout plus juteux.

Et là vous me voyez venir, je vais terminer par un éloge (ambivalent et angoissé) de mon chouchou le Stade français : c'est vraiment génial d'avoir trouvé l'absolu contraire de la rayure, l'absolu contraire de la frappe héraldique en bandes, medium_MaillotSFemme.jpgbarres, faisceaux et autres partitions viriles.... pour taper dans l'oeil avec un uni rose féminin qui se vend très très bien (voyez sur ce blog la tronche de La Choule), discrètement zébré (mais pas rayé) de trois éclairs bleus. Il ne manquait plus que la fleur de lys en semis marial : eh bien ils ont osé! (c'est pour ça sans doute qu'ils méritent de jouer à Saint-Denis, au pied du sépulcre royal?).medium_ParisBlason.2.jpg

Mais heureusement ils n'ont pas oublié, en rappel et en alternance, le bleu et rouge du Fluctuat nec mergitur : c'est tout ce que je leur souhaite, de flotter, au bord du naufrage, et de surnager en haut du Top 14 (mais ça va être dur, surtout devant la marée basque de mon autre chouchou Serge !).

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1 - Euh, enfin trois car La Choule est promue "coup de coeur" des blogs Paramourdurugby ce matin, mais effleurons seulement le sujet en modeste note de bas de page : j'ai déjà la grosse tête ; je suis au bord de l'explosion rien qu'à lire l'article Rugbyphilo de Lio, et le coma éthylique me guette au parfum des fleurs qui remplissent les coms de La Choule en ce moment...

vendredi, 11 mai 2007

Le Midi olympique à la page et en tête

Le Midi olympique à la page et en tête

par Mezetulle 

Je n'avais jamais osé me saisir d'un exemplaire du Midi Olympique : ce blog et l'entourage chaleureux qu'il me procure ont libéré toutes mes inhibitions et étendu mes capacités de lecture au-delà de la sphère pourtant déjà respectable dans laquelle j'évolue ordinairement sans complexe... mais là, c'est autre chose.

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Je me rends donc dans un bar-tabac-presse pour acheter la précieuse liasse jaune. Justement c'est vendredi et il y en a une pile sur le présentoir. Parce qu'il y a une édition le vendredi et une autre le lundi : ça je ne le sais pas encore, je vais découvrir quelques jours plus tard que cette fréquence bi-hebdomadaire est un véritable concept autant sportif qu'intellectuel déployé dans la temporalité de l'avant (non pas celle du vulgaire pronostic, on n'est pas aux courses, mais celle de la supputation, de l'hypothèse) et de l'après (celle des bilans, du jugement, de l'anthologie) : un luxe qu'on ne peut pas se payer quand on est un quotidien...

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Mais dans ce premier moment de découverte, le journal est une énigme. Volontairement vieillot, du moins au premier abord : son format - c'est fait pour les grands, ceux qui savent tourner les pages sans les froisser -, le design de son titre genre arts déco, la 1re qui atteint parfois des sommets de dissonance ringarde, medium_Midol2.2.jpget surtout surtout cet inimitable jaune pisseux du papier, presque celui de l'ancien catalogue Manufrance qui émerveilla mon enfance, avec son odeur de "vieux journal" qui craque et sèche très vite comme le pain blanc. Tout le charme province de la vieille France enracinée, Ovalie profonde, etc. etc. (j'ai déjà donné : voir mes articles sur Tillinac et les travaux champêtres). On va voir qu'il cache bien son jeu...

L'épaisseur est à la fois intimidante et cossue : ça doit se lire à tête reposée, en absorbement, ça doit demander une vraie lecture. Je cherche, élève appliquée et pleine de bonnes résolutions, le premier article qui s'offre à mon oeil de lectrice bien entraînée, de lectrice professionnelle. Alors que le livre s'attaque en belle page, la page impaire à droite, l'oeil remontant en haut à gauche de celle-là, je sais bien sûr que le journal (surtout en grand format) peut s'attaquer en page paire ou impaire, pas forcément en haut à gauche mais dans un repérage dont l'unité est l'article : séquence titre en gras - pavé en maigre - photo facultative, ensemble offert dans une  visibilité caractéristique au sein de la page.

J'entame donc, me croyant trop tôt en pays connu, un pavé rédigé en trois ou quatre colonnes qui s'offre à mon regard et qui m'a l'air des plus sérieux. Effectivement sérieux, plus que sérieux: un tourbillon de références érudites où se succèdent des noms propres d'aujourd'hui, de naguère et de jadis, dont je ne connais pas les trois quarts, dans une langue raffinée, sans coquille, sans faute de français ni d'orthographe, un style à la fois précis et pathétique. Toutes les ressources de la rhétorique classique sont mobilisées - exorde, exposition, arguments, questions, péroraison ; elles alternent avec celles de la dissertation - construction et formulation du problème, réduction de celui-ci à un cas classique, objections, réponses, variation-rebondissement, conclusion. Cela se déguste comme une pâtisserie, un gros mille-feuillles où la dent s'enfonce dans une épaisseur de bon aloi, juste à la bonne consistance (il faut que ça dégouline un peu, mais pas trop).

Mais voilà que le charme de l'opacité qui reste quand même familière (car jusque-là si je comprends quelque chose à la forme, je ne comprends presque rien au contenu, mais je me dis que c'est normal : je manque de connaissances voilà tout, ça se corrige en travaillant...) se transforme en panique. Je me rends bien compte que l'article parle d'un match, et probablement d'un match qui n'a pas encore eu lieu... mais lequel, entre qui et qui ? Je scrute chaque ligne : il faudrait, pour le savoir de l'intérieur de l'article, mobiliser un background qui me dépasse. Je remonte au titre suscrit, mais là non plus rien de décisif, c'est un truc du genre "La dernière chance" ou "Le pack révélateur" ou "Lever les doutes" ou "L'heure décisive".... bien joli si l'un des protagonistes est nommé autrement que métaphoriquement ou allusivement par ex "Les pourfendeurs de XXX il y a XX semaines.."

Jusquà ce que je me rende compte que je dois réapprendre à lire, à poser mon oeil sur une unité typographique dont la cohérence réside là où je ne savais pas la voir.

medium_MidolPageInt.JPGL'unité de ce que j'ai sous les yeux - car oui, tout est là, sous mes yeux, rien de caché - n'est pas l'article, ni même un ensemble d'articles unifiés par un titre général avec un chapeau explicatif et fédérateur. L'unité est la page tout entière, mais vraiment tout entière, sans exception, délimitée par ses seules marges blanches (enfin je veux dire jaunes) dentelées. D'où il faut conclure que l'en-tête, morceau typographique ordinairement hors-texte de pur repérage a posteriori, est ici plus qu'un titre, plus qu'une simple classification extérieure, plus que l'étiquette d'une boîte, mais un principe d'intelligibilité, une âme dont le souffle est nécessaire à chaque composante qu'elle surplombe et dont le sang irrigue toute la page. C'est la ratio cognoscendi de tout ce qui se trouve sous elle, pas seulement disposé (comme dans la plupart des journaux) mais véritablement subsumé. C'est ce qu'il faut lire avant tout pour ordonner la page et lui donner son sens interne : "Biarritz-Agen", "Paris-Perpignan", "Castres-Mont de Marsan", etc. Sous cette ligne dominante mais ironiquement discrète, estompée en vert et grisé, les cartes typographiques se distribuent selon un admirable ordre des raisons et des espaces : tableaux comparatifs côté pliure et articles appréciatifs de l'autre...

Vieillot et fleurant bon les terroirs? le Midi olympique c'est à la page... jusqu'au top  !

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vendredi, 20 avril 2007

Rugby, mouvement symphonique

Rugby, mouvement symphonique

J'ai parlé beaucoup de littérature, pas mal de danse ; alors un peu de musique maintenant.

Arthur Honegger a composé trois mouvements symphoniques : le célèbre et très mécanique Pacific 2.3.1. en 1923 suivi en 1928 par Rugby. Quant au troisième, il ne porte pas d'autre titre que celui de son genre.

medium_HoneggerCassan.jpg Finalement, ça conviendrait très bien au rugby cette seule qualification de "mouvement symphonique". Mouvementé, c'est ce que tout le monde peut voir. Symphonique aussi, non pas au sens d'un consensus bêlant où on n'entend qu'une seule voix et où on rase tout ce qui dépasse, mais bien au contraire au sens d'une conjugaison de timbres, de hauteurs, de rythmes, de colorations... comme celle des gabarits, des rôles et des talents sur la pelouse.

Surtout ne pas chercher à écouter cette pièce comme de la musique descriptive, ce qui reviendrait à la tailler en pièces, à y trouver de toute façon ce qu'on cherche (ah oui les cuivres, c'est la force, le thème en canon ce sont les passes, et puis la petite pointe suraigüe là ce serait un drop ?...) en écrasant la musique sous ce qu'elle n'a jamais voulu ni su peindre... et ce qui serait une manière de ne pas l'écouter, de la livrer à un asservissement extérieur - la pire chose qui puisse arriver à une oeuvre d'art : être hors d'elle-même.

Il faut au contraire se laisser porter, envahir par une ambiance, par une coloration, par une vigueur générale. Et si on veut absolument se protéger de la musique, se boucher les oreilles, se rassurer avec de l'extériorité, il suffira de se livrer à l'anecdote : se dire que Honegger, ce Suisse de nationalité, est né à 0 m au-dessus du niveau de la mer au Havre, berceau du rugby continental moderne avec le Havre Athletic Club (maillot ciel et marine) qui jouait au stade "Langstaff" - du nom du passeur anglais qui l'acclimata sur la côte est de La Manche.

Sur Arthur Honegger :
http://arthur-honegger.com/francais/biographie.htm
http://www.musicologie.org/Biographies/h/honegger_arthur....

Sur l'introduction du rugby au Havre en 1872, lire l'article de Laurence Soulard sur le site de la ville du Havre

Le portrait d'Arthur Honegger par Colbert Cassan est emprunté au site http://pagesperso.erasme.org/michel/cc/index.html

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jeudi, 12 avril 2007

Suite et fin d'une trilogie légendaire

Suite et fin d'une trilogie légendaire

 par Mezetulle

Je reprends mon exercice de généalogie légendaire au sujet du "Porthos de Cahors" dont il a été question dans ma note du 5 avril. Comme on l'a vu, cet Hercule paysan tenait de Jean Valjean la force de soulever une charrette transformée pour l'occasion en moissonneuse-batteuse. medium_CincinnatusLilleBA.jpg

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Henri Garcia, dans Les Contes du rugby (1), lui attribue encore d'autres exploits. Il maîtrise d'une seule main un étalon qu'on vient de châtrer - on retrouve sous une autre forme les boeufs non pas soulevés, mais "retournés" d'un revers de main du texte de Tillinac. Enfin, employé à l'entretien du stade de Cahors, il retourne le sol entièrement à la bêche, à la main... et, sollicité en 1961 pour une dernière tournée en Afrique du Sud, il préfère pourtant renoncer afin de poursuivre la construction de sa maison de ses mains.


Il faut remonter un peu plus haut que Victor Hugo pour flairer ici la trace de deux sources anciennes, mais la réminiscence n'en est pas moins scolaire.

medium_BucéphaleGrosMuséeLouvre.3.jpgLe jeune Alexandre le Grand dompta le cheval Bucéphale en le plaçant face au Soleil - une seule main lui avait certainement suffi pour cela : bien sûr c'est Plutarque et ses Vies...

Quant au paysan-fondateur appuyé sur sa bêche (ou sur sa charrue) et qui retourne à son champ aussitôt sa tâche glorieuse accomplie sans se laisser séduire par d'autres sirènes politiques, il faut se tourner vers la fabuleuse histoiremedium_CincinnatusRomanelliLouvre.jpg romaine pour reconnaître le vertueux Cincinnatus... bien connu des générations de latinistes qui ont pâli sur le De Viris Illustribus d' Aurélius Victor.

Guerriers politiques, paysans travailleurs et poètes conteurs ou scribes - tous adeptes d'un culte mythique de la force quelle qu'en soit la nature : la trilogie est parfaite, elle se décline dans chacun des personnages, dans chacune des légendes...

 Le rugby est nourri de ces mythes gréco-latins, qui puisent probablement leur source lointaine dans l'idéologie indo-européenne naguère étudiée par Georges Dumézil... Il n'est pas, comme certain sport manchot, une simple "culture", mais il est partie prenante d'une grande civilisation... dont il conserve la mémoire... et les mains !

1 - Paris : La Table ronde, 1961.

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lundi, 09 avril 2007

SF bat Brive, mais où sont les pavés ?

Stade français bat Brive, mais où sont les pavés et le rugby des fortifs ?

  par Mezetulle

De quoi faire enrager Tillinac et lui faire écrire encore de belles pages bougonnes comme je les aime. Paris bat Brive, on aura tout vu et  Alfredou Roques, le Porthos de Cahors issu de Tulle - mais qui préfère quand même Brive à Paris - en medium_SF-Brive070407_PhotoSF_.jpgavale un pavé surgi sous la pelouse de Jean Bouin (1).

Soyons juste : comme chacun sait, Paris reste une grande ville corrézienne de France - même depuis que Chichi n'est plus maire !  - comme elle est aussi ville auvergnate, ariégeoise, italienne, bretonne, landaise, anglaise, maghrébine, béarnaise, américaine, africaine, chinoise, portugaise, thaïlandaise, turque, pakistanaise, indienne, espagnole, etc. Je parle bien sûr des habitants : car c'est la seule ville de France où il est à la fois rare et plutôt mal vu d'être né sur place !! Le pavé est intéressant parce que déraciné et gluant de la boue de tous les terroirs.

 Très loin des quartiers chics où les pavés et la boue font peur, faisons un tour au café Pelleport, jadis haut lieu du rugby des fortifs, comme le raconte Jean-Claude Lombard dans Dieu aime-t-il le rugby ? (éd. Belle journée en perspective, 2003)

Il a découvert le rugby en 1941 à travers le SCUF:medium_LePelleport.jpg

...le vieux Sporting Club Universitaire de France qui aujourd'hui survit honorablement dans la catégorie "promotion d'honneur", comme s'il avait besoin de conquérir ce qui lui fut reconnu depuis plus de cent ans." [...] Paris était occupé, mais trois gosses du quartier Saint-Fargeau, Bernard, Léon et Jean-Claude, ne l'étaient guère, eux, quand le week-end arrivait..Nous fréquentions déjà Le Pelleport, café qui faisait face à la station de métro. On y parlait entre autres d'athlétisme puisque le fils du patron, José, courait le 100 mètres en onze secondes. [...]Je dois aujourd'hui un merci au Pelleport, suffisamment laxiste quant à l'accueil prohibé des mineurs non accompagnés, puisque c'est devant son comptoir que le grand salut SCUFiste nous arriva. Des junior, appartenant à l'équipe du SCUF, nous mirent au parfum de leurs pelouses enchantées - et, merveille! - dominicales. (p. 25-26)

Moi aussi je suis un peu comme Tillinac, mutatis mutandis au coeur de Paris : c'est que, voyez-vous, on chercherait en vain un dieu du stade vêtu d'un maillot rose à l'Est d'une ligne La Chapelle-Alésia, et le XXe arrondissement pour eux, c'est probablement... la cambrousse... !

Mais où sont les pavés ? Même devant "Le Pelleport" on les a ripolinés !

 (1) Voir l'excellent compte rendu d'Amélie Dutheil sur le site du SF... auquel j'emprunte la photo. En attendant les photos du match promises par Ovalove.

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lundi, 12 mars 2007

Vous avez dit "rural, viril, sain" ?

Un peu de poil à gratter. Vous avez dit "rural, viril, sain" ?

Ca devient lassant, à la fin, d'alimenter un blog  à la louange du rugby, sans accroc. Finalement un peu trop lisse et bien pensant, pas tellement dans l'esprit "plaies et bosses".

J'ai pensé qu'un peu de poil à gratter ne ferait pas de mal surtout après la défaite du 11 mars contre l'Angleterre. Mais trop facile d'aller le chercher du côté des détracteurs (si, si, ils existent). Je l'ai trouvé dans l'article d'un fin connaisseur, Philip Dine (1) : "Du collégien à l'homme (et retour) : rugby et masculinité en Grande-Bretagne et en France" (2) dont je vous livre ce passage iconoclaste.

En tant que "sport de terroir", le rugby pouvait même servir d'antidote à l'exode rural des trente glorieuses. Dans les années 1950 et 1960, l’O.R.T.F. offrait à la nation un « rugby champagne » au pétillement international avec des attaquants vedettes comme les frères Boniface et Jean Gachassin, et permettait ainsi de présenter une image de continuité masculine définie régionalement qui masquait les changements rapides et radicaux qui se produisaient dans l’ensemble de la campagne française. C’était l’époque de l’exode rural déclenché par l’accélération de l’industrialisation, la réorganisation agricole programmée par la D.A.T.A.R. et la modernisation administrative de la France. Avec le soutien officiel du général de Gaulle et de l’ensemble de ses ministres, les rugbymen du Sud-Ouest devinrent un symbole de la continuité mâle qui pouvait être opposée à la nouvelle domination urbaine du « jeune cadre dynamique » et du « soixante-huitard ». Dans cette récupération nationale d’une passion jusque-là provinciale, Roger Couderc et Pierre Albaladéjo, les Obélix et Astérix des ondes, eurent un rôle clé, en proposant une construction ethnique de la masculinité française à opposer aux incertitudes sociales et politiques de ces temps de plus en plus troublés. Au moins sur le terrain de rugby et sur les écrans de télévision, les hommes étaient toujours des hommes; et en plus Basques, Gascons et Catalans.

Ah ces "valeurs" rurales, régionales, viriles, spontanées, l'air pur qui vous nettoie les poumons des souillures citadines : ça vous préserve de l'émasculation, de la dégénérescence, ça vous vide l'esprit de l'urbanité efféminée et des manières-de-gonzesses-intellectuelles-parisiennes ! medium_Maillot_rose.jpg

Là je sens comme un malaise... un léger froid dans le dos... (et encore, j'ai pris des gants, je vous ai fait grâce du passage sur le rugby pendant les années 40...).

Heureusement qu'il y a eu ces chichiteux de Parisiens bourgeois intellos pour introduire le rugby anglais sous sa forme moderne en France. Et un siècle plus tard, voilà qu'ils ont osé un maillot rose ! Ouf, nous voilà sauvés de la grande santé terrienne et de la régénération !

(1) Professeur de langue et civilisation françaises à Loughborough University.
(2) Le Mouvement Social, 2002/1 (no 198), p.75-90. En ligne sur le site Cairn.

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lundi, 26 février 2007

La Choule ou le rugby archaïque en langue d'oïl

La Choule, ou le rugby archaïque en langue d'oïl 

par Mezetulle

Je sais, c'est dans toutes les histoires : "la soule" est l'un des ancêtres du rugby, c'est bien connu. 

Sauf qu'ici on a tout de même le droit de dire autrement : "la soule" c'est une prononciation parmi d'autres, privilégiant une langue d'oc devant laquelle tout amateur de rugby croit devoir faire sa génuflexion...

Or il existe aussi une autre prononciation, celle de langue d'oïl qui dit "la choule". Comment je le sais ? Mais tout simplement parce que je l'ai entendue de mes oreilles ! 

J'ai en effet assisté durant mon enfance, dans un village entre Ile de France et Picardie, à de nombreux jeux traditionnels de "choule". Les rencontres avaient lieu dans ce village seulement une fois par an, chaque lundi de Pâques. Elles opposaient non pas un village à un autre, mais les "jeunes" (célibataires) et les "hommes" (hommes mariés) du même village.

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Sur une pâture à peu près plate et boueuse par endroits étaient plantés de part et d’autre deux poteaux qui me semblaient très hauts avec à leur sommet un cercle métallique obturé par une membrane de papier marquée d'un H d'un côté et d'un J de l'autre. Les deux équipes, en bleu de travail, même si un brassard de couleur permettait aux spectateurs de les situer, n'avaient pas besoin de marques extérieures pour s'identifier : tout le monde se connaissait. 

Le coup de sifflet initial déclenchait une sorte de course assez brutale avec plaquages, empoignades et regroupements en paquets, pour s’emparer d’une balle ("la choule") ou plutôt d’un conglomérat de cuir qui avait trempé dans l’eau toute la nuit. Cela devait être très visqueux et assez compact. Celui qui réussissait à prendre cet objet et à rester debout pendant assez de temps devait le lancer afin de déchirer le papier de l’équipe adverse. Cet acte de défloration suffisait, seul et unique, à gagner la partie. On peut présenter la chose autrement : l'équipe qui conservait seule la virginité de son poteau avait gagné et remontait la rue vers le centre du village à la tête d'un cortège et en brandissant un bâton décoré, une sorte de mât de cocagne. Bien entendu, vu la simplicité de la règle, il n'arrivait jamais que les deux poteaux soient déchirés. Mais il arrivait fort souvent que les deux poteaux restent vierges... le match était alors nul, infécond et honteux, et le cortège se traînait lamentablement pour aboutir invariablement au bistrot (ce qu'il faisait aussi du reste en cas de victoire, mais avec jubilation). 

La participation des spectateurs consistait à acheter pour quelques centimes deux petits morceaux de ruban de couleur différente que chacun épinglait sur son vêtement, deux couleurs qui identifiaient le village et qui n'étaient pas les mêmes dans les villages voisins. On conservait ce signe pendant quelques jours, il indiquait que la choule avait été disputée et les alentours pouvaient en identifier l'origine en regardant les couleurs, lesquelles changeaient chaque année (ce n'étaient donc pas des blasons). Cela donnait lieu à une collection érudite à laquelle se livrait un de mes copains : collant soigneusement les rubans dans un album après chaque rencontre, il pouvait énumérer sans faillir les couleurs respectives de plusieurs villages sur plusieurs années.

Bien entendu, le jeu avait ses héros, ses diables, ses dieux, ses spécialistes qui du coup tordu, qui de l'audace, qui du plaquage, qui du coup de poing, qui de la vitesse et de l'esquive, qui de la concentration et de l'habileté au lancer. Déjà, tous étaient là, il y en avait pour les brutes et pour les malins, pour le petit qui court vite et pour le lourd qui cogne fort et qui encaisse sans bouger. Cet échantillonnage de l'humanité avait quelque chose de réel et de réjouissant, loin de la tristesse et de l'uniformité des matches de foot où tout le monde a le même calibre, les mêmes défauts, les mêmes qualités - matches que je n'allais jamais voir.

Ah j'oubliais une précision : les filles (dont j'étais) et les femmes (comme celle que je suis devenue) ne s'intéressaient pas au foot, mais elles n'auraient manqué pour rien au monde une rencontre de choule. 

La choule a subsisté jusque dans le milieu des années soixante, elle a disparu peu avant le jeu d'arc également traditionnel dans ces régions.

Mais franchement, ne regrettons rien : un belle rencontre de rugby, c'est tout de même autre chose !

Voir les sites :
La Soule Asso 
La Choule et le Mahon (site auquel j'ai emprunté l'illustration, où on voit assez bien le poteau avec sa membrane de papier cerclée). 
http://perso.orange.fr/saintleger1/region3/60a.choule.htm 
Bibliographie :
Boulanger Joseph, Le Jeu de la choule, conférence faite à la séance du 7 février 1903, Amiens : [Les Rosati picards], [1904]
Sorel Alexandre, Le Jeu de la choule, recherches sur son origine, sa signification et la façon dont il se pratiquait, Paris : Imprimerie nationale, 1895.
Dubuc André, La Choule normande et ses survivances, Rouen : Lainé, 1940