samedi, 23 février 2008
Grognon rose sur gris lumineux
Grognon rose sur gris lumineux
par Mezetulle
Ce sont les couleurs que je propose à Max Guazzini pour le prochain maillot du Stade français, après avoir vu le match contre Castres vendredi soir 22 février, soldé par une écrasante et étonnante victoire du Stade 47 à 16.
Rose grognon comme le jeu brouillon et angoissant de mes chouchous en première période. Rose grognon comme un jour de métro bondé où les gens râlent leur indécrottable bonne humeur, se "traitent" avec une rhétorique impeccable, se tassent pour finir par trouver leur place. Grognon râleur "je fais tout de travers, mais finalement on s'en sortira, et d'ailleurs tout le monde me déteste et j'adore ça" dans la grande tradition parisienne brillamment illustrée hier par les mâchoires crispées et le regard méchant de Fabrice Landreau sous son bonnet rose, pas content, pas content.
Qu'est-ce que vous voulez, on est en avance au score à la mi-temps, mais franchement c'est nul, cafouilleux, plein de fautes. Ils vont prendre une sacrée remontée de bretelles dans les vestiaires, vous allez voir ça... Même Antoine Burban, sanctionné pour avoir été plaqué en l'air...? Eh bien, c'est bien fait : c'est pour toutes les fautes que l'arbitre n'a pas vues. Landreau c'est le genre de père de
famille comme je les aime : "Tu t'es pris une gifle par l'instit, et en plus tu dis que tu ne l'as pas méritée? Je vais t'en coller une autre, moi !" Et Galthié dans sa cage en verrre qui ne décolère pas, rivé à son téléphone : comment, 25 à 9 à la mi-temps ? Mais vous vous êtes vus ? C'est comme ça que vous voulez recevoir Perpignan et Toulouse ? C'est comme ça que vous voulez aller à Clermont et à Biarritz ? Vous avez eu du bol que leur défense à Castres ne soit pas au point, c'est tout. Allez, caltez !
Rose grognon comme ces commentaires de Canal + en forme de désolation chaque fois qu'une action parisienne était en cours, une vraie oraison funèbre au secours de l'Ovalie castraise qui m'a fait rire pendant tout le match. Ils sont même allés jusqu'à dire "Oui les Parisiens vont se faire eng... dans les vestaires, mais en revanche ce qu'il faut aux Castrais, ce sont des paroles de réconfort, de consolation". En entendant ces propos insultants révélant une grande finesse psychologique, là oui vraiment j'ai eu une pensée désolée pour les Castrais qui ne méritaient nullement une compassion aussi humiliante ! Cela, c'était vraiment à pleurer ... C'est comme si, avant le bac, j'avais dit à mes élèves : "mes pauvres petits, vous allez vous casser la gueule, mais je vous aime bien, ce n'est pas grave, maman vous console d'avance"... Je leur disais au contraire: "Ce ne serait pas tellement étonnant que vous ratiez votre bac. Alors, étonnez-moi". Et ils le faisaient.
Je conseille aux commentateurs de Canal+ de lire le traité d'éducation de Locke ; il y est dit que les enfants, tout comme les hommes, ont trois passions dominantes: la liberté, l'empire et la gloire. Et qu'aucune des trois ne peut s'étouffer, mais que toutes peuvent et doivent se cultiver, s'élever, se civiliser.
Gris lumineux comme la tronche de Fabien Galthié qui comme d'hab se retient de sourire après la victoire, qui commence déjà à seriner que la semaine prochaine si on continue comme ça, eh bien ça n'ira pas du tout. Gris lumineux comme le visage à la fois terrorisé et rayonnant du tout nouveau "bébé colosse" Quentin Valençon, tuilé par Christophe Dominici qui sort et lui passe le relais après avoir marqué
un essai (oui Christophe, tu as toujours la "gnac"), bourré de secousses amicales par le capitaine Blin. Comme le visage étonné de deux minettes agitant leur drapeau rose, n'en croyant pas leur yeux, mais si je t'assure, ils ont gagné, après nous avoir fait croire que rien ne va....
Gris lumineux comme le ciel de Paris où on n'ose jamais dire qu'il fait beau - ça ferait tellement de jaloux, et puis de toute façon il vaut mieux dire qu'on se déteste soi-même, qu'on est mal, qu'on est bien mieux à Syracuse, sur le Fuji-Yama, etc. etc. Et comme ça quand on est vraiment dans le gris, on est vacciné, on sait boire la tasse en chantant une chanson où on se souvient de Syracuse, etc.
D'ailleurs moi aussi je suis comme ça: je me dépêche de faire un article grognon rose, des fois qu'on soit vraiment à la peine dans la suite, qui s'annonce grise et dure comme le mâchefer...
Alors finalement, voyons ce maillot. Mmmm, le cacadoie ? Arrf.. On en garde quand même un peu, rien que pour salir le rose et le gris lumineux. Sinon, on aurait mal aux yeux.
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12:45 Publié dans Mes coups de cœur , Mes coups de gueule , Top 14 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Stade français
lundi, 22 octobre 2007
Bilan rugby bling bling
Bilan rugby bling bling
par Mezetulle
"La Coupe du monde de rugby : une bonne affaire commerciale". Tel est le titre de l'enquête de Vincent Pellegrini et Sébastien Paour diffusée le 22 octobre sur France-Info.
Selon cette enquête, l'IRB dégagerait un bénéfice de 180 millions d'Euros pour cette Coupe du Monde 2007. C'est formidable, ça atteint le niveau du tournoi de Roland Garros. Et puis, il y a les fameuses "retombées", etc. Tout
baigne.
La fin de la chronique fait entendre un son de cloche moins sonnant et plutôt trébuchant : c'est que justement il y aurait des cloches dans cette opération, ou plutôt des pigeons. Le montant des investissements consentis par les villes hôtes pour l'accueil des équipes et les frais afférents n'est pas connu. Explication : l'opération serait tellement déficitaire pour les finances publiques que les municipalités préfèrent mettre la sourdine en période électorale. Et la chronique de se terminer perfidement sur les statuts de l'IRB qui affichent ouvertement l'objectif de "maximiser" les recettes... comme l'aurait probablement voulu Pierre de Coubertin....
Je fais état de ça, mais je ne suis pas tellement inquiète : sûrement que l'IRB va piocher dans ses bénéfices pour venir au secours du contribuable français en prenant en charge une partie substantielle des frais d'accueil, non?
J'ai encore tout faux là ?
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17:40 Publié dans Actualités , Coupe d’Europe , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : IRB, bénéfices, argent
mardi, 21 août 2007
France-Angleterre bravo, et zéro pour France 2 !
France-Angleterre bravo !
Mais zéro pointé pour France 2
par Mezetulle
Très brillant match hier soir, vraiment convaincant et rassurant... 22 à 9, c'est sans discussion. Il semble que la fraîcheur physique et mentale du XV de France tienne la route pendant tout le match... et c'est à mon avis ce qui fait la différence. Je préfère le rugby béton au rugby champagne, le côté Cyrano de Bergerac me tape sur les nerfs (car Cyrano est un loser) ... Et quand il y a des bulles et du panache dans le béton, c'est encore mieux ! alors maintenant il faut continuer... et gagner !
Mais que penser de la réalisation télé de France 2 ? Souvent à côté de la plaque. Je pense par ex à la 42e minute : on s'attarde longuement sur Vickery allongé sur le brancard alors qu'Elissalde est en train de taper une pénalité... le côté "jeux du cirque people et sports sanguinaires" a pris le dessus. Voyeurisme déplacé ? Même pas : puisque en 2e période, on n'est pas non plus mis au courant d'une pénalité... on voit autre
chose avant que le réalisateur "réalise" que le jeu est ailleurs que sur l'image qu'il nous montre. Absence de professionnalisme : ils ne savent tout simplement pas regarder du rugby ! C'est comme si, dans une retransmission de concert, on nous montrait un instrumentiste juste au moment où il ne joue pas.
Que dire des commentaires, on passe une partie du temps à nous faire part des matches de foot qui vont avoir lieu au stade vélodrome et à faire de l'autopromotion pour les émissions sportives de Fr 2 ... est-ce bien le sujet ? Très peu d'explications, Galthié se contentait de suivisme... Je regrette vraiment les commentaires de Thierry Lacroix. Sans parler de Jérôme !!!
Et la vulgarité de l'interviewer qui dit à Dusautoir à la fin du match "alors vous avez coupé quelques tranches de rosbif ce soir!!!" Dusautoir a gardé son quant-à-soi et toute sa lucidité et s'est bien gardé de saisir cette très vilaine perche qu'on lui présentait si complaisamment : monsieur Dusautoir, vous avez réagi pas simplement en pro, mais en gentleman.
J'ai peut-être une idée un peu trop idéalisée du rugby, mais je trouve que la réalisation tv n'était vraiment pas à la hauteur ni de ce sport, ni de ce très beau match.
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12:25 Publié dans Coupe du Monde , Mes coups de cœur , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Télévision
jeudi, 16 août 2007
Sur le livre de L.Bénézech (3e partie)
Sur le livre de L. Bénézech Anatomie d'une partie de rugby (3e et dernière partie)
L'immédiateté rustique du texte, l'urbanité décalée des photos
Décidément, je n'apprivoise pas le livre de Laurent Bénézech Anatomie d'une partie de rugby (éd. Prolongations), il me glisse des mains, me fait commettre des "en-avant"... Pourquoi ce sentiment de porte à faux qui fait que je ne peux ni l'adopter ni le délaisser ?
Comme je le soulignais précédemment, l'ouvrage se penche sur des notions et des affects, à l'exclusion de toute référence singulière - histoire, noms propres. Or on pourrait penser que, composé à parts égales de textes et de photos, les textes expliquent des notions, réservant la monstration directe des affects aux photos. C'est l'inverse : belle idée assurément, mais si les photos (remarquablement choisies) relèvent hautement le défi, il n'en va pas toujours de même pour le texte.![]()
A quelques brillantes exceptions près (de beaux chapitres sur "La Passe"... où toutes sont passées en revue p. 78, sur "l'En-avant" p. 80 ou encore sur "La Touche" où est avancée une très convaincante comparaison avec la danse contemporaine), le texte ne décrit pas, n'explique pas, ne conceptualise pas : il entend se placer à l'intérieur d'un psychisme - celui du joueur, celui du supporteur - pour le réactiver chez le lecteur. Ce sont donc des états d'âme qui, par des monologues, des dialogues intérieurs, des apostrophes, se succèdent dans une écriture qui recourt trop souvent à des palliatifs et des marqueurs d'insistance : majuscules hurlantes, italiques, exclamations, points de suspension.
A force de vouloir être en sympathie avec le lecteur initié censé se reconnaître dans ces procédés détournés, cette écriture faite d'extériorité s'aliène le lecteur quelconque parce qu'elle est trop souvent un clin d'oeil à celui qui est dans le rugby comme un poisson dans l'eau.
On m'objectera que tout texte intéressant produit un sentiment d'étrangeté. Certes, mais il le produit pour tous, et surtout pour ceux qui croient être en terrain familier. Le poète est capable de me rendre ma propre langue lointaine, étrangère : il l'arrache à l'idiome et la met en déroute pour la révéler. Or ici, c'est au contraire le parti-pris de familiarité et si j'ose dire de consanguinité qui domine le texte : le rugby y est ramené à son intimité, à ses affinités indicibles, il forme un cercle et une famille resserrés à laquelle je n'appartiens pas.
Et d'ailleurs je ne suis nullement invitée. Le chapitre "Les Joueurs" (p. 24), chef d'oeuvre de littérature identitaire, me le fait rudement savoir. Ils sont plaisamment présentés sur le modèle d'une famille agricole, attablés autour du père, rompant un pain immémorial, à des places immuables depuis des générations. En toile de fond, des figures féminines figées dans ce que l'imaginaire collectif a de plus redoutable : une mère castratrice (l'entraîneur), une fille à séduire, et "quelques salopes malpropres" - allusion aux chansons paillardes de la 3e mi-temps (les épouses, quant à elles, en prennent pour leur grade dans le chapitre sur "L'Essai" p. 122 qui met aux prises un idiot de joueur et son imbécile de femme). ![]()
Dans ce tableau rustique on ne sait qui est le plus à plaindre, chacun occupant une place qu'il n'a pas choisie, mais qui lui a été attribuée par une destinée (son gabarit, son rang de parenté, son sexe, son âge, sa condition...) le mettant perpétuellement hors de lui et jamais en exigence d'être lui-même. Tout le contraire de l'héroïsme : rien que les vertus conventionnelles d'un régime révolu ! Et le coaching est arrêté depuis belle lurette ; aucune place à prendre, aucune circulation ne vient aérer ce tableau étouffant: jeunes urbains, passez votre chemin, on n'a pas besoin de vous.
Il ne suffit pas de peindre des paysans dans une touchante scène de genre nostalgique pour parvenir à la cheville d'un Mistral, et encore moins à celle d'un Virgile.
Alors quel soulagement de quitter la page écrite pour aller poser son oeil à côté, au revers, en marge, en hors-texte et de voir sur ces magnifiques et judicieuses photos tant d'innovation, tant d'ouverture, tant de questions, tant de réflexion, tant d'aspérités, tant de sollicitations pour la pensée, tant de décalages, tant de bougés, tant de cocasseries aussi : toute cette rigide consanguinité est balayée, remise en question et décoiffée par le talent, l'élégance, la présence d'esprit, le doute, et par un usage inventif de la force, lesquels n'excluent pas les maladresses ni les échecs.
A elles seules, les photos parviennent à faire comprendre, parfois malgré le texte qui les environne, comment la civilisation héroïque a su traverser les âges, s'extraire des villages et des terroirs pour n'en retenir que les saveurs exquises, circuler à travers le monde, se griser d'autres chants que de paillardises, et se greffer sur le monde moderne.
[N.B. La photo de la p. 83 (F. Nataf, L'Equipe) est celle de mon exemplaire personnel du livre. Elle est publiée à des fins strictement didactiques, en illustration directe des propos tenus dans cet article.]
Voir le premier article "Un purisme du concept et de l'affect"
Voir le deuxième article "Le rugby serait-il démocratique par nature ?"
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10:45 Publié dans Concepts, art, littérature , Joueurs , Mes coups de cœur , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Bénézech, livre, joueurs, terroir, tradition, photos, lecture
samedi, 04 août 2007
Sur le livre de L. Bénézech (2e partie)
Sur le livre de Laurent Bénézech Anatomie d'une partie de rugby
Deuxième partie : le rugby serait-il démocratique par nature ?
par Mezetulle
En attaquant la lecture proprement dite (voir la 1re partie), je tombe aussitôt sur un texte introductif intitulé "Philosophie". Là, je me sens interpellée. C'est mon job d'aller y voir de près, non ?
Alors, anatomisons ce texte.Thèse principale : le rugby s'autorise de contradictions et de complexités qui rendent impossible la modélisation du déroulement d'un match (d'où l'on conclut que seule l'anatomie peut en saisir les finesses). Thèse secondaire : la passe en retrait, emblème de la contradiction rugbystique, en fait un sport éminemment démocratique par sa forme de transmission (renoncement à la hiérarchie de type "monarchique", stratégie qui évite la ligne droite, etc.).
Là encore je suis prise dans un stimulant inconfort de lecture, une alternance d'enthousiasme approbateur et de profond désaccord. Autant je crois la thèse principale juste, puissante par sa précision, éclairante et féconde (et l'ensemble du livre l'atteste), autant je trouve la thèse secondaire (le rugby comme "représentation idéale d'un régime de type démocratique") tirée par les cheveux et inutile parce que trop large. Revenir sur l'histoire du rugby en Afrique du Sud ou dans l'Italie d'avant-guerre pour la démentir serait une "cravate" indigne de la hauteur du livre de L. Bénézech, et pour un plaquage de meilleur aloi je m'en tiendrai à une argumentation conceptuelle.
Si la comparaison (très implicite et voilée) avec la démocratie athénienne tient un moment la route - chacun étant
appelé a priori à porter le ballon, bien que ce ne soit pas, heureusement, par tirage au sort ! - la suite, qui retient (tout aussi implicitement) le sens classique et libéral du terme "démocratie", relève à mes yeux d'une sorte de credo, d'un zèle aujourd'hui répandu à marteler des idées bien-pensantes auxquelles il est bien sûr mal vu de ne pas croire.
Non, l'aveu des contradictions et des complexités et leur traitement dialectisé, biaisé, en répartition collective n'est pas le partage des seules démocraties libérales : n'oublions pas que le XXe siècle a connu un théoricien virtuose et un praticien redoutable de la contradiction et de la collectivité toute-puissante en la personne de Mao. La dialectique peut être mise au service de bien des régimes, ce qui ne l'empêche nullement d'être une très grande idée. Quant à la distributivité, elle n'est pas davantage d'essence démocratique : songeons que ses principaux théoriciens furent Aristote puis la hiérarchie catholique, inventeurs de l'"équité" aujourd'hui à la mode précisément parce qu'elle est opposée à l'égalité et à l'idéal démocratique classique. Enfin, remarquer que l'essor du rugby coïncide historiquement avec celui des systèmes politiques démocratiques ne contribue en rien à lui donner telle ou telle propriété qui leur serait commune.
Le maniement de concepts aussi chargés et polysémiques demanderait un peu plus de soin et de précision, et je ne suis pas sûre qu'il en résulterait un éclairage décisif et précis pour le rugby. A vouloir frapper trop fort et trop large, on passe à la fois au-dessus et à côté des poteaux...
A vouloir utiliser la philosophie comme un bulldozer, on s'expose à écraser son objet. Il vaut mieux l'utiliser comme un chien d'arrêt : lever une belle idée à partir de la configuration précise du terrain et des circonstances, et la regarder s'envoler entre les poteaux...
C'est ce qu'on peut attendre de la suite du livre. En entrant dans le détail, on revient au contact et toute la compétence de l'auteur se trouve mobilisée. Ce qui ne signifie pas la fin des agacements pour la lectrice que je suis...
A suivre...
Voir la première partie "Un purisme du concept et de l'affect"
Voir la troisième et dernière partie "L'immédiateté rustique du texte, l'urbanité décalée des photos"
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21:45 Publié dans Concepts, art, littérature , Mes coups de cœur , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bénézech, collectif, démocratie
samedi, 28 juillet 2007
Sur le livre de L. Bénézech (1re partie)
Sur le livre de Laurent Bénézech Anatomie d'une partie de rugby.
Première partie : un purisme du concept et de l'affect
Passant mes étés invariablement dans l'Ariège depuis plus de 30 ans, je ne pouvais manquer d'y emporter le livre de l'Appaméen (1) Laurent Bénézech Anatomie d'une partie de rugby, Editions Prolongations, 2007.
Ce livre est attachant et agaçant, superbe et défaillant, merveilleusement pensé et quelquefois un peu débraillé, somme toute homomorphe à son idée principale que je crois profondément juste : le rugby est fondé sur des contradictions, lesquelles ne sont pas dissimulées, mais au contraire avouées et exhibées pour être sinon résolues du moins traitées. Tellement attachant et tellement agaçant qu'il me faudra plus d'un article pour en parler.
Je commence par le coup d'oeil du professionnel de la lecture. Je feuillette, je tâte, je tourne le livre entre mes mains.
Un beau format in quarto, avec de superbes photos parfaitement choisies: presque toutes illustrent en effet une contradiction, un point qui rehausse et expose l'étrangeté du rugby, qui en souligne le fort caractère "pas rond" - je retiendrai de façon emblématique celle de la p. 27, où l'on voit unis, debout et de dos, un deuxième ligne gigantesque enveloppant de son bras gauche un petit trois-quarts dont la tête vient s'ajuster dans l'aisselle de son coéquipier.
Une division en sections et chapitres qui explicite la démarche analytique annoncée par le titre. C'est une dissection en quatre phases : les acteurs (joueurs, arbitre, ballon, stade, supporters, terrain), l'avant-match (vestiaire, échauffement, entrée sur le terrain), le match (du coup d'envoi au coup de sifflet final, tout est passé en revue dans cette énorme section), l'après-match (vestiaire bis, dirigeants, 3e mi-temps).
Le principe de cette anatomie est intérieur : celui des états d'esprit, des humeurs, des émotions ressenties par le joueur et le supporter. Ce n'est pas un récit, ni une mise à plat, mais une analyse inspirée par une pathétique.
Là aussi, la photo pointe toujours l'instant décisif, ce que Barthes (2)
appelle le "punctum", de l'angoisse de l'avant-match à la solitude du buteur en passant par l'en-avant - cette escapade facétieuse du ballon, comme s'il avait de l'esprit - et par la chorégraphie de l'échauffement. Avec des métonymies qui disent tout : une main sur un genou, une poigne froissant un short, une nuque hirsute barrée d'élastoplast dont émanent la force et le doute..
Voilà qui est très bien fait, très intelligent et passionnant au sens strict. Mais aussi quelque chose me dérange, m'échappe. Quoi au juste ?
Les photos ? Pas de référence. La liste sèche des crédits photographiques p. 160 satisfait aux obligations légales, mais elle est impossible à manier : protectrice pour l'auteur et l'éditeur, elle reste stérile pour le lecteur. On ne sait pas qui est sur la photo, de quel match il s'agit, quand elle a été prise. Pourquoi, en réduisant la photo à sa seule fonction d'illustration conceptuelle, priver celle-ci de sa référence empirique - comme si le concept devait nécessairement être débarrassé de ses occurrences hic et nunc?
Un excellent lexique des termes techniques (p. 156-157) avec une admirable formule livrant les points dont l'étude est nécessaire et suffisante pour "suivre un match de rugby sans problème". On comprend tout, et surtout qu'on ne peut pas comprendre sans un minimum d'étude. Et à côté de cela, très étrangement, pas de références ni en note ni en bibliographie même sommaire. Alors je suis prise d'un doute : cette absence relève-telle de la lacune ? Et si c'était voulu ? En y pensant bien, c'est comme les photos: même lorsqu'on y reconnaît une personne, celle-ci n'est pas nommée...
Tout se passe comme si une option délibérée d'effacement de toute particularité de lieu, de temps, d'action, de personne, avait été prise. Me voilà feuilletant le texte de nouveau, à la recherche d'un nom propre dans le corps de l'ouvrage... mais oui c'est bien ça. Le livre de Laurent Bénézech se propose le tour de force inverse du roman de Denis Tillinac : écrire la singularité du rugby sans consentir à ses occurrences particulières, personnelles, historiques. Tracer l'épure analytico-pathétique d'un rugby pérenne, et rien d'autre. Et de relire le titre, aux termes soigneusement choisis: anatomie d'une partie de rugby et non d'un match, dont on se demanderait inévitablement lequel. Une partie dont on découpe les parts pour en écrire la partition.
J'émets alors l'hypothèse que le modèle secret de Bénézech serait l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, en plus orgueilleux. En plus orgueilleux, car si l'Encyclopédie exclut de ses entrées les noms propres de personnes, elle s'honore bien au contraire dans ses articles de citer ceux qui ont contribué aux progrès des notions traitées... Bénézech ne s'embarrasse pas de tels détails et préfère une flamboyante tour d'ivoire, qui peut se révéler à l'occasion bien confortable : le moyen le plus sûr d'éviter de se brouiller avec beaucoup de monde est encore de ne citer personne!
Cette décision provocatrice, ce purisme du concept et de l'affect (malheureusement non assumé, car on cherche en vain le Discours préliminaire qui en brandirait clairement et distinctement le flambeau) pourraient bien me plaire un peu trop, et me donnent des démangeaisons, une furieuse envie de gratter, de continuer, et de me battre avec un livre auquel j'en veux de ne pas avouer son audace.
Il faut alors entrer dans le contenu, et commencer par le début.
A suivre... Voir la deuxième partie : "Le rugby serait-il démocratique par essence ?"
Voir la troisième et dernière partie "L'immédiateté rustique du texte, l'urbanité décalée des photos"
1 - Appaméen : c'est ainsi qu'on désigne les natifs et / ou les habitants de Pamiers, ville natale du musicien Gabriel Fauré.
2- Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris : Cahiers du cinéma /Gallimard/Le Seuil, 1980.
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23:50 Publié dans Concepts, art, littérature , Mes coups de cœur , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, photo, Bénézech, livre
jeudi, 19 juillet 2007
Opéra / rugby : il reste des places
Opéra / rugby : il reste encore des places !
Mais oui, il reste encore des places en septembre-octobre prochains pour voir des performances éblouissantes, uniques au monde, accomplies par les meilleures équipes soutenues par un public enthousiaste, exubérant et coloré, dans des cadres prestigieux, et à des prix vraiment abordables...
Je parle de l'Opéra national - qui est en réalité de niveau international. A Paris, la place la plus chère de la saison prochaine est, tenez-vous bien, à 165 Euros. A Lyon elle se monte à
95 Euros pour le Siegfried de Wagner ! On pourra voir La Tosca au Palais Garnier dans un fauteuil d'orchestre 1re catégorie pour 135 Euros et à une place plus modeste pour 75 Euros... Or un opéra dure au minimum 3 heures : on en a vraiment pour son argent ! Quant au ballet, le Wuthering Heights de Kader Belarbi et Philippe Hersant coûte entre 20 et 80 Euros !
Pour la Coupe du monde de rugby, c'est une autre affaire, aussi bien en disponibilité qu'en prix.
On aimerait aussi retrouver sur le site internet de billetterie
une clarté et une maniabilité comparables à celles des sites de réservation de nos deux Opéras nationaux. Mais on vous laisse cliquer de longues minutes avant de vous dire qu'il n'y a plus de places disponibles pour la catégorie choisie... et pour les autres catégories aussi d'ailleurs... On vous dit aussi que "le comité d'organisation est susceptible de remettre des places en vente...". Le bouton back du navigateur se bloque fréquemment, on ne sait pas très bien où on est et qui parle au nom de qui. Mieux encore : on vous laisse valider sans aucun affichage de sécurité un envoi de billets par la poste contre signature... envoi qui vous est promis pour juin 2007! Tout ça laisse une impression bizarre de bricolage et d'à-peu-près.
Pas tellement étonnant que le marché noir et la contrefaçon pointent le bout de leur nez sur la toile : voir cet article sur 01.net.
Alors c'est sûr, j'irai à l'Opéra en septembre-octobre. Ce qui est sûr aussi, c'est que je regarderai pas mal de rencontres de rugby... à la télé !
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19:55 Publié dans Coupe du Monde , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Coupe du monde, places, tarifs
mercredi, 27 juin 2007
La Monnaie ne paie même pas de mine
La Monnaie ne paie même pas de mine
Après la peinture, la gravure. La vénérable institution qu'est la Monnaie de Paris édite une pièce de 20 Euros à l'occasion de la Coupe du monde de rugby. Bien, très bien. Allons-y voir d'un peu plus près.
En voici l'avers : .....![]()
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...... et le revers :
Et là j'enrage, en voyant cette prétendue simplicité qui me semble plus proche de l'indigence. C'est plutôt fruste.
Franchement, ils ne se sont pas cassé la tête. La gravure est sommaire, fondée sur l'aplat (il vaudrait mieux dire l'"aplati") et l'évitement de talent... le "pas nous pas ici pas maintenant", sans aucune trace du raffinement dont pourtant les artistes qui travaillent pour cette institution sont hautement capables...(voir par exemple sur le site la récente monnaie Vauban, qui a quand même une autre gueule, ou la série des monuments de France). Mais au fait, le rugby, ce n'est pas raffiné... mais oui, mais c'est bien sûr : la médaille est homomorphe à cette idée répandue ! Il faut dire que la pièce de la Coupe du monde de foot l'an dernier était à peine plus inspirée - heureusement pour le foot, les monnaies sont rondes ! Pourtant, la Monnaie nous avait habitués à beaucoup mieux avec sa médaille "Cinq nations" (voir le verso sur le site en cliquant sur la médaille (1)).![]()
![]()
Cette pauvreté (je ne parle pas des prix, qui s'échelonnent, pour la même gravure, entre 28 et 651 € selon le titre de métal précieux) semble être devenue une veine minimaliste récente qui, malgré de beaux restes, s'étend de plus en plus. On sait que, par comparaison avec celles des autres nations qui n'ont pas hésité à puiser heureusement dans leur patrimoine artistique et historique (2), les pièces françaises de la monnaie européenne brillent par leur manque d'imagination et par conséquent d'images emblématiques : une récente exposition au cabinet des médailles de la BnF proposait ce piètre constat dans son document de commentaire. La frilosité honteuse est devenue un sport national bien-pensant, qui nous a récemment privés de la célébration d'Austerlitz, a mis un étouffoir sur le 4e centenaire de Pierre Corneille, et fait toujours obstacle - on ne sait pour quelle raison - au transfert des restes de Descartes au Panthéon. C'est sûrement très vilain d'avoir fait que "... les trônes, comme des feuilles mortes, se dispersaient au vent", d'avoir inventé la géométrie analytique, l'optique, la subjectivité moderne et - je garde le pire pour la fin - d'avoir écrit en alexandrins.
(Heu, là, je suis presque sûre que Tillinac m'approuverait... ? Je suis vraiment injuste avec La Monnaie, car on trouve dans la collection une pièce Austerlitz, une médaille Descartes - voir ci-dessous - et une médaille Corneille. Mais je suis de méchante humeur : ce n'est pas fini, je continue sur ma lancée scrogneugneu.)
Ma contemplation navrée de cette indigente pièce d'or s'enrichit encore d'un détail déprimant. Elle reproduit bien entendu l'inénarrable faute d'orthographe devenue obligatoire : on ne met pas Euro au pluriel même quand il y en a 20, de peur que quelques malcomprenants s'égarent. Du coup ceux qui croient que c'est écrit dans une langue n'y retrouvent même plus leur latin. Et si vous regardez bien une pièce de 50 centimes, on y lit dans ce nouveau sabir: "50 Euro cent" ce qui devrait, si on se risque à rétablir un ordre des mots intelligible et si on compte bien, faire 50 fois 100 = 5000 Euros, non ? Allez expliquer à votre percepteur que vous le payez de cette monnaie...
Tout ce que j'espère c'est voir en septembre un XV de France libéré de cette "humilité vicieuse" (3), et quelques matches signés d'une écriture flamboyante s'inscrire dans la mémoire : il faut au moins cela pour résister à une conversion en pieux "devoir de repentance" ou autre génuflexion pauvre en matière et en esprit. Oser gagner autre chose que des sous, c'est mal ?
1 - Au revers, je sais, les puristes feront observer que la mêlée a tourné de 90° ! Mais s'agissant de qualité de gravure "y a pas photo" !
2 - Passe encore pour les monarchies, abonnées au sempiternel profil royal, mais qu'on pense par exemple aux superbes pièces italiennes, inspirées de Raphaël, de Léonard, du Colisée, de Botticelli... n'en jetez plus, on en a pour son argent !
3 - Descartes, Les Passions de l'âme, article 159.
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00:05 Publié dans Concepts, art, littérature , Coupe du Monde , Mes coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médaille, Coupe du monde, monnaie
mercredi, 14 mars 2007
Epouse, mamie (suite) et... devinez qui ?
par Mezetulle
Comme je suis encore dans mes mauvais jours (après Angleterre-France), je continue sur la lancée d'hier dans le poil à gratter. Cette fois, on va carrément donner dans le mauvais goût.
Après les mamies et les épouses, une troisième figure féminine ancestrale manquait à l'appel. Eh bien, elle fut très facile à trouver...
Une pub (ou une parodie de pub, car un canular n'est pas exclu) du magazine Rugby - "l'hebdo du rugby pro" - ne fait pas dans la dentelle.... regardez plutôt cette vidéo, exquise, raffinée. Je n'invente rien, elle est publiée sur le site dailymotion.
Attention, âmes sensibles et bégueules s'abstenir... j'ai résisté à la tentation de mettre la vidéo directement sur le blog et je me contente d'un lien austère :
A moins que ce soit, comme disent les intellos, "à prendre au second degré" ??? D'ailleurs ceux qui sont choqués n'ont rien compris au film : si la blonde savait qu'il faut tout de suite lâcher la balle quand on est à terre, ça ne se passerait pas comme ça, non ? Eh bien vous savez, à en croire les machos, c'est toujours ainsi avec les femmes : quand il leur arrive des histoires c'est qu'elles l'ont bien cherché... (et il faut bien sûr ajouter : "sauf ma mère, ma soeur, ma fille et ma femme").
20:05 Publié dans Mes coups de gueule , Rugby au féminin , Trash | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : femmes, coup de gueule


