samedi, 26 janvier 2008

Une petite fille dans un monde de brutes?

Une petite fille dans un monde de brutes ? Auch-Toulouse, 25 janvier (3-34)

Sous la lumière crue des projecteurs, une petite fille hors d'haleine traverse dans sa longueur un terrain où s'affrontent des grands garçons autour d'un ballon.... Apeurée ? Esseulée et abandonnée par des parents indignes sur une pelouse de brutes où elle n'a que faire - et en nocturne en plus? Mais non, vous n'y êtes pas : on est à Auch, sur un terrain de rugby, ne vous faites pas de mauvais sang.

medium_SupportersViolents.jpg C'est la fin du match, les supporters (de Toulouse ? d'Auch ? ah voilà bien encore une question de f.. ooteux...) envahissent le terrain. De plus le match n'est pas vraiment fini, l'aire sacrée hors temps et hors espace vient d'être violée par des enthousiastes peu regardants sur les règles. Ce devrait être le moment de tous les dangers, d'autant plus que l'équipe qui reçoit subit une large défaite. medium_Sablier.2.jpg

Sauf que c'est du rugby, et que c'est comme au théâtre, comme au concert, comme à l'opéra : il y a un temps formel et un temps objectif et parfois ça s'emmêle un peu les pinceaux en un moment qui, redoutable en principe, est ici délicieux. Le temps formel, celui des chronos, est épuisé : la sirène a annoncé la fin des 80 minutes. Toulouse a largement gagné de toute façon. Mais le temps objectif, celui de l'action, est en cours : l'arbitre n'a plus d'yeux que pour devenir spectateur, pour subir à son tour la loi du jeu, de ce qui se passe vraiment. Car l'action en marche, comme toujours, est grosse d'un essai, elle n'est pas finie et elle est désormais seule maîtresse du temps (1).

Et voilà-t-il pas justement que l'essai d'après-dernière minute est marqué par les visiteurs. La messe est archi-dite, non ? Comme les auditeurs enthousiastes d'un concert qui n'attendent pas le silence après la dernière note pour applaudir, une partie du public envahit le terrain. Notons bien que c'est pour applaudir les visiteurs victorieux et les vaincus qui se sont si bien défendus, et les petites filles ne sont pas les dernières dans cet exercice chaleureux. Mais attendez, tout de même, il y a la transformation ; même ultra-facile, elle pourrait être manquée.

Le moyen de virer les supporters indiscrets d'un terrain de jeu de balle collectif ? Appeler la police ? Mais non, vous n'y êtes pas, on est à Auch, sur un terrain de rugby, et il y a des petites filles qui sautillent sur la pelouse, c'est normal. Il n'y a qu'à leur dire : attendez, ce n'est pas fini, il y a la transfo, poussez-vous un peu. Quelques index pointés avec le sourire suffiront, tout le monde comprend au quart de tour et pivote à toute vitesse pour rentrer en courant dans le monde profane, au-delà de l'enceinte sacrée encore quelques secondes.

Le temps de cette course ajoute une troisième temporalité à celles que j'ai déjà repérées ; à quoi se mesure ce troisième temps de l'emmêlage des pinceaux, hors temps, mi-profane mi-sacré ? A la vitesse des jambes d'une petite fille de six ans, folle de joie, traversant un terrain de rugby dans sa longueur pour ne pas transgresser la règle plus longtemps... et pour voir une transfo en suspens.

Merci au cameraman de Canal+ d'avoir montré ce moment à la fois dérisoire, drôle et édifiant : après cela, qu'on ne vienne plus me dire que le rugby est un sport de brutes.
Au fait, l'essai d'après-dernière minute fut transformé. Maintenant je sais pourquoi on attend toujours un peu avant de frapper au but, dans un moment d'après-dernière minute où tout est pourtant déjà joué : pour que les petites filles de six ans terminent leur course.

1 - Sur la temporalité du rubgy, lire aussi sur ce blog :  Bourgoin essouffle le temps et France-Ecosse, hymne à Saturne.

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dimanche, 30 septembre 2007

Rugbyman-intello: le tandem tendance

Rugbyman- intello, le tandem tendance

par Mezetulle

12h00. En attendant les deux matches décisifs d'aujourd'hui, je me sens fébrile et sur les dents. Je prends des risques insensés : je viens de laver mon maillot XV de France, sera-t-il sec pour 15 heures ? Si oui, ils gagnent, sinon euh... je n'aurai rien à me mettre (1).
Rien de tel que quelque lecture frivole pour se calmer, feuilletage de la presse "féminine", ça fait beaucoup de bien..
Alors je vous propose un pastiche.

Choule attitude

Héritiers d'une grande tradition, ils se mettent au goût du jour : les tandems rugbyman-intello sont très tendance en ce moment.
La Choule en a repéré trois. A vous de choisir votre style.

Le plus classe : Galthié-Lacouture, une technique de virtuose, ça tombe parfaitement, impec. La cuisine au Champagne.
Pour celles qui emportent une robe-fourreau dans leur sac de week-end.
(Sur La Choule, article sur le livre Lois et moeurs du rugby).

Le plus BCBG - valeurs sûres : Herrero-Serres, un parfum de terroir et de nostalgie, poétique et robuste. La cuisine de tradition.
Pour celles qui décidément reviennent toujours au tailleur Chanel.
(Sur le site de l'Huma, article "Le rugby a-t-il encore une âme?" et sur le site de Philosophie magazine)

Le plus décalé : Dominici-Kintzler, ou comment on se sent bien parce qu'on se sent mal. La cuisine des contrastes, pour amateurs de profiterolles et d'omelette norvégienne.
Si jean + fourrure vous semble la tenue incontournable pour aller à l'Opéra et au Stade, vous adorerez.
(Sur le site de Philosophie magazine, et sur La Choule)

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Bravo les Bleus !

1 - 19h00 : il était sec à temps ouf! non seulement j'étais dans une tenue décente, mais ils ont gagné ! Bravo Beauxis, Domi, capitaine Serge et les Bleus ! Mais il va falloir se mouiller dans les eaux agitées de Cardiff... 

mercredi, 30 mai 2007

Marine Assoumov, le rugby corps à corps avec la peinture

Marine Assoumov : le rugby corps à corps avec la peinture

par Mezetulle 

Je découvre aujourd'hui le site de l'artiste peintre Marine Assoumov et déjà je me dis : comment ai-je pu passer si longtemps à côté ?

En 1996 Marine Assoumov a été sollicitée pour une série de fresques par la mairie d'Auterive (Haute-Garonne) ayant pour thème... devinez quoi ? Le rugby bien sûr. A partir de ce travail initial, dix ans de passion prolifèrent, poussent leurs robustes fleurs et leurs majestueuses taches grasses et maigres en couleurs et en noir et blanc : des centaines demedium_Marine6.jpg toiles, de dessins, de collages où (selon une belle expression que je reprends à l'article de Thierry Blanchon qu'on peut lire sur le site) sont mis en scène "des guirlandes de corps puissants". Marine Assoumov a récemment exposé au Centre national du rugby à Marcoussis.

Toutes les sensations, toutes les lourdeurs, toutes les finesses, tous les mouvements, toutes les emjambées, toutes les passes, tous les sauts, toutes les poussées, tous les chocs s'animent, prennent leurs couleurs, leur vie, leur corps et leur pâte dans un match éternel et infini où le rugby joue à être lui-même. Maillots rayés, tronches bardées d'élastoplast, corps intriqués dans des mêlées obstinées et grandioses, aplatissements glorieux et piteux, plaquages qui ont l'air d'embrassements, percussions à corps perdus, envols, torsions à la passe, crampons saturés de glissades, balles pétries ou échappées, avec des titres à vous en faire voir 36 chandelles : "Profil perdu à la fleur", "Le beau rugbyman", "Quintette orange", "Jeux de mains" "Poi lour", "Entremêlés". Une peinture qui réussit à faire vibrer la générosité de la force, la tendresse de la puissance, et dont se dégage une énergique civilité douce-robuste  - il faut oser ici l'oxymore comme en cuisine l'aigre-doux et comme cette gouache intitulée "La couvée du ballon" - Jean Lacouture n'aurait pas trouvé mieux.

Je tiens à respecter l'interdiction de reproduction qui figure en clair sur le site. En espérant que Marine répondra favorablement à ma demande d'autorisation pour illustrer ce petit article, je me contente de vous faire voir la bobine de l'artiste dans son atelier, et je vous invite surtout à visiter les deux sites où on peut voir des diaporamas. 

- Le site complet de l'artiste
- Le rugby en corps à corps

 N.B. le 16 juin : Marine Assoumov expose à la Mairie des Mureaux du 18 au 24 juin et du 1er juillet au 19 août. Elle m'a très gentiment répondu (voir commentaire ci-dessous) et je me permets donc d'ajouter à cet article deux photos reprises sur son site.

medium_Assoumov.jpg      

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lundi, 28 mai 2007

Top 14 dans une cabine d'essayage

Top 14 dans une cabine d'essayage
par Mezetulle 

Je ne croyais pas si bien dire à la fin de mon précédent article : mes chouchous du Stade français, ayant remporté medium_StadeF-Agen_photoStadefr_.jpgsamedi le match contre Agen, non seulement maintiennent leur première place au Top 14, mais il résulte de toutes les savantes combinaisons de ce classement qu'ils rencontreront en demi-finale ... Biarritz - mon chouchou Serge  ! Au moins c'est un de mes chouchous qui gagnera de toute façon !

Et dire que je ne peux même pas y aller, à Bordeaux, le 1er juin. Je me contenterai donc de simulacres, en essayant de trouver une bonne âme abonnée à Canal + prête à m'héberger devant son poste de télé, et en sacrifiant aux rites alimentaires. Trouver un kebab qui sent la graille et de la bière ne devrait pas trop poser de problèmes.

Mais pour accomplir sérieusement ce rituel en toc et à distance, encore faut-il les ornements sacerdotaux appropriés et aux bonnes couleurs. C'est ici que la question devient délicate : car il va me falloir afficher les deux équipes. Non quemedium_DSCN0927.JPG j'hésite à m'affubler du choc des couleurs qui ne vont pas ensemble, en l'occurrence rose et rouge : j'ai déjà osé (voir photo). Mais justement, c'était pour une autre circonstance, du temps de ma niaiserie et de ça, comme dirait un célèbre philosophe helvète (1), on ne revient pas. Et puis on ne se montre pas deux fois avec la même toilette (demandez à Ségo ce qu'elle en pense, ou encore mieux à Elizabeth II).

 
Au lieu de pleurnicher dans le style d'Eve ("je n'ai rien à me mettre"), restons une femme de tête, inspirons-nous de la rationalité robuste diffusée par Elle et autres Glamour, réfléchissons en scrutant le placard à chiffons et à accessoires. Je garde le béret rouge qui peut aller pour les deux et le tee-shirt rose du SF (ça c'est ce qu'on appelle "la base"), j'ajoute une écharpe blanche d'écume océane, ça change tout. Rose blanc rouge, c'est superbement kitsch, ça peut en outre très bien se prolonger en maquillage, du reste ces couleurs qui estompent les rides (pardon, il faut dire : qui évitent de durcir le visage) conviennent parfaitement à une mémé (pardon, il faut dire : à une féminité mature) comme moi. Passons au reste des accessoires : je vire le drapeau rose que je remplace -ça c'est vraiment génial- par La Choule à dominante blanche dédicacée par Serge !

Voyons maintenant le bas. Il sera, c'est décidé, ordinairement habillé par le sempiternel jean bleu. D'abord ce sera l'indispensable note "décalée", destinée à éviter le ridicule du "tout coordonné" pratiqué par les pétasses "pas top" n'ayant aucune idée du dernier chic branchouille  - je leur accorderai juste une note de rappel sur les grolles - tennis blancs et roses peut-être ? Ensuite, ce sera neutralisé, ininterprétable en couleurs héraldiques : car le blue jean justement est d'un bleu qui lui-même n'est pas une couleur (d'ailleurs il n'est ni de Biarritz ni de Paris mais Denim - de Nîmes), et ça ne compte pas dans l'affichage. medium_mannequin.jpg

Ah, cette idée d'une couleur qui n'en est pas une, encore un truc intello avec lequel je me refuse à alourdir cet article frivole que je préfère terminer sur une belle maxime macho empruntée à Marcel Proust :

"Dans la vie de la plupart des femmes, tout, même le plus grand chagrin, aboutit à une question d'essayage".

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1 - En fait le philosophe helvète dont je parle est ici. Mais nous avons aussi le nôtre.

lundi, 19 mars 2007

Avantage : filles ?

 Avantage : filles ? Un dénuement salutaire

 par Mezetulle

 Dans mon dernier billet, j'évoquais la nécessité de contrarier le mouvement spontané, le consentement à se désemparer pour pouvoir construire force et adresse sur ce vide. Briser les obstacles que constitue un savoir en toc fait d'implicites : ainsi, apprendre c'est d'abord ré-apprendre en se débarrassant de ce qu'on ne sait que trop.

Mais alors, paradoxe, c'est le rugby féminin qui semble avoir l'avantage, puisque les filles en la matière ne sont pas encombrées autant que les garçons de préalables, de mythes et d'a priori. C'est vrai sans doute pour d'autres sports, mais plus particulièrement au rugby, sport de tradition "virile" qui se transmet un peu tribalement par imprégnation, contiguité, et que les filles abordent dans une sorte de dénuement salutaire.medium_Feminin2.jpg

C'est l'analyse (entre autres idées) que propose Joris Vincent dans son article "Le rugby féminin : un rugby à part entière ou un monde entièrement à part ?", publié dans un ouvrage collectif que j'ai déjà cité dans ce blog (1).

Il parle à cet égard d'une"vacuité culturelle intéressante" :

Marquées par leur statut féminin, les filles semblent moins influencées que les garçons par la culture rugbystique. En contact passif ou actif avec le milieu rugbystique, ces derniers accèdent à un niveau de connaissances plus ou moins empiriques les situant déjà comme des initiés bien avant d'avoir réellement joué au rugby. Le rapport d'une fille à la pratique est différent. Tant qu'elle n'a pas couru avec un ballon et affronté l'épreuve de la charge adverse, elle reste complètement novice sans a priori tactique ni technique. Loin de représenter un obstacle, cette vacuité culturelle devient une richesse. En effet, ce vide permet d'éviter l'étape de déconstruction culturelle du jeu nécessaire et incontournable dansla formation des joueurs. Les convictions masculines sur le jeu reposant sur des représentations ancestrales et fantasmées du jeu sont le plus souvent un facteur de résistance à la progression tactique et technique du joueur. Les joueuses ne présentent pas cette culture d'opposition sur la connaissance du jeu. Ainsi est-il plus facile d'accorder les représentations des joueuses et celle de l'entraîneur.

Comme le disait Descartes, qui pensait que les femmes pouvaient et devaient faire de la philosophie :  "elles n'ont point l'esprit gâté par les études" !medium_Feminines.jpg

Mais, ajoute J. Vincent, cette disponibilité serait aussi un obstacle... :

Par contre ce niveau de connaissances constitue un obstacle à la formation. Les joueuses ne possédant pas forcément toute la logique culturelle du rugby (formes de jeu, culture du poste), il est nécessaire de reconstruire avec elles tout un langage rugbystique qui doit être le plus imagé et le plus significatif possible.

Avantage de la vacuité, mais obstacle parce que presque tout est à construire et à expliciter... ? De quel côté est ici l'obstacle ? ... ne serait-ce pas plutôt du côté du mauvais entraîneur, qui prétend s'appuyer sur un savoir déjà-là et qui se dispense de construire ce qu'il enseigne, celui qui ne sait pas formuler, imager, schématiser, conceptualiser, inventer des expériences, et pousser à l'erreur pour pouvoir la corriger... celui qui se contente d'un "suivez-moi les gars!" ?

(1) dans Rugby : un monde à part ? Enigmes et intrigues d'une culture atypique, sous la dir. de Olivier Chovaux et Williams Nuytens, Arras : Artois presses université, 2005, p. 151-174. Voir l'article "Epouse ou mamie".

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mercredi, 14 mars 2007

Epouse, mamie (suite) et... devinez qui ?

Epouse, mamie (suite) et... devinez qui ?

par Mezetulle 

Comme je suis encore dans mes mauvais jours (après Angleterre-France), je continue sur la lancée d'hier dans le poil à gratter. Cette fois, on va carrément donner dans le mauvais goût.

Après les mamies et les épouses, une troisième figure féminine ancestrale manquait à l'appel. Eh bien, elle fut très facile à trouver...

Une pub (ou une parodie de pub, car un canular n'est pas exclu) du magazine Rugby - "l'hebdo du rugby pro" - ne fait pas dans la dentelle....  regardez plutôt cette vidéo, exquise, raffinée. Je n'invente rien, elle est publiée sur le site dailymotion.

Attention, âmes sensibles et bégueules s'abstenir... j'ai résisté à la tentation de mettre la vidéo directement sur le blog et je me contente d'un lien austère :


A moins que ce soit, comme disent les intellos, "à prendre au second degré" ??? D'ailleurs ceux qui sont choqués n'ont rien compris au film : si la blonde savait qu'il faut tout de suite lâcher la balle quand on est à terre, ça ne se passerait pas comme ça, non ? Eh bien vous savez, à en croire les machos, c'est toujours ainsi avec les femmes : quand il leur arrive des histoires c'est qu'elles l'ont bien cherché... (et il faut bien sûr ajouter : "sauf ma mère, ma soeur, ma fille et ma femme").
Ouarf, on s'en tient les côtes dans les bistrots entre copains !!!
 
Pendant que j'y suis, dans la collection "mauvais goût",
celle-là n'est pas mal non plus :
medium_TAckleTrash_AP_.jpg
 
 
 
 
Allez, c'est promis, demain je publie un billet moins trash !  Salut !
 
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PS du 27 juin 07 : la vidéo a été retirée par Dailymotion "pour non respect des conditions d'utilisation"... ils sont encore plus bégueules que moi ! Dommage. 

vendredi, 09 mars 2007

Epouse ou mamie ?

Epouse ou mamie ?

Il faut bien, figure obligée, faire sa génuflexion rituelle lors de la journée des femmes du 8 mars, même quand on est comme moi une "gonzesse"…

Annne Saouter a beaucoup réfléchi et travaillé sur les rapports entre le rugby et les femmes – celles qu’elle appelle « les femmes du rugby » : comme ce nom l’indique, il ne s’agit pas des joueuses elles-mêmes (on y reviendra dans un autre article), mais des femmes qui environnent le monde masculin du rugby. Elle est l’auteur du livre Etre rugby, jeux du masculin et du féminin, MSH / Mission du patrimoine ethnologique, 2000.

Le texte qui suit n’est pas extrait de ce livre, mais d’un ouvrage collectif auquel elle a participé, Rugby : un monde à part ? (sous la direction de Olivier Chovaux et de Williams Nuytens, Arras : Artois presses université, 2005). J’aurai aussi l’occasion de revenir sur cette publication originale à plus d’un titre : chacun aura remarqué en effet qu’elle a été publiée à Arras, dans le Pas-de-Calais (vous voyez où c'est, ceux qui croient que les terres de langue d'oc épuisent toute la culture du rugby?).

Dans sa contribution intitulée « Etre rugby, ou à propos d’une sociabilité de chair », après avoir évoqué la position inconfortable, discrète et pleine de tensions des « épouses », Anne Saouter aborde la description quelque peu épique des « mères » exubérantes, nourricières et laveuses de maillot :

… même quand l’individu masculin devient adulte, un lien très fort persiste avec la mère par l’entremise du maillot, medium_Linge.2.jpget plus précisément de son entretien, chose dont ne veut justement pas se charger l’épouse. Quand il le peut, le joueur continue souvent, même après le mariage, d’apporter son linge sale à sa mère. […] Contrairement à l’épouse, la mère dans le rugby se « partage ». Laveuse ou nourricière, elle n’est pas censurée dans son maternage. Il en est également ainsi dans les tribunes : elle peut gesticuler, crier, et même donner des coups de parapluie (c’est du moins le genre d’anecdote qu’on se plaît à raconter dans le rugby : à en croire les récits, chaque club aurait sa mamie dotée de son parapluie menaçant !).

Ces deux figures féminines – l’épouse qui devrait presque se contenter de répondre à l’adage « sois belle et tais-toi », et la mère librement volubile parce qu’absente de la sexualité des hommes – n’ont rien de bien original dans notre société. Il est néanmoins étonnant de les constater à ce point figées dans le rugby.

Alors :  épouse ou mamie ?

Ni l’une ni l’autre ! Je ne veux aucun ces rôles inhumains d’ange ou de sorcière - mais il en manque une au fait ! Voir la troisième.

Heureusement il y a les femmes tout simplement, qu’elles soient dans les tribunes, sur les terrains et au clavier des blogs !

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